Le Paris-Dakar normalement c’est un truc bien préparé, que tu organises. Le mieux, c’est également de faire gaffe à ce que tu fais, de refléchir. Nous (Amaury et moi) on dirait Dupond et Dupont. Ou plutôt, Ducont et Ducond comme dirait ma femme ! Ce matin donc, Ducont et Ducond (Amaury et moi) se sont levés de bonne heure. Ils avaient beaucoup de piste à faire et peu d’essence même s’ils avaient trouvé 6 à 7 litres par miracle. Il leur a été indiqué que la piste se durcissait encore sur les 100 derniers kilomètres, avant Choum, avec beaucoup de sable. Autant hier, Ducont et Ducond mettaient du gros gaz pour franchir les longues langues de sable, autant là, ils ne font plus les malins. C’est pas le capitaine Haddock qui va venir les sauver s’ils tombent en rade.

50 bornes plus tard,Ducont et Ducond tombent sur un groupe de maison dont ils ont toujours et encore l’impression qu’il est abandonné. Ils cherchent! De la vie mais surtout de l’essence ! Pas âme qui vive. Ha si, là au fond ! « Y’a un type sur un toit » dit Ducont (Amaury). Tout guilleret, Ducond (moi, Lolo) file se renseigner auprès de cet autochtone. L’entrée de sa demeure est joliment décorée d’un chemin de sable bordé de pierres et entourée d’une superbe enceinte également en pierres. Au loin, l’individu lève la main. Devant tant de diligence, Ducond lève à son tour la main!

Plus que quelques mètres et il pourra enfin présenter ses respects à son hôte empressé de l’accueillir! Mais d’un coup, d’un seul, Ducond (toujours moi pour ceux qui auraient du mal à suivre) à un doute. Faut dire qu’il vient d’apercevoir des types jaillir de partout de la demeure. Encore plus louche, ils ont une mitraillette à la main. En fait, le mec sur son toit, n’est pas un maçon/couvreur mais un militaire dans un mirador qui a donné l’alerte à toute la base puisque … je viens de violer un territoire militaire … Et en fait le mec me fait signe de ne plus bouger d’un millimètre. Brans le bas de combat, ceci n’est pas un exercice !!! Je blêmis. Les mecs me mettent en joue.

Deux militaires hyper méfiants viennent à ma rencontre. Je tente une négociation, fait toujours négocier en temps de guerre ! Je tente l’apaisement « Bonjour je m’appelle Ducond, je suis accompagné par mon camarade Ducont et on cherche de l’essence. Avec tous ces beaux véhicules à tourelle surmontés de leurs armes lourdes, vous n’en auriez pas un peu par hasard ? ». « Non Ducon (le mec ne savait pas si j’étais Ducond ou Ducont donc il a fait simple – cela dit, même moi dans Tintin je savais pas reconnaître Dupont de Dupond) ici tout fonctionne au mazout »

« Ha c’est con… tout court! » Palabres, 1.000 excuses, penitence, repentance. N’empêche que je sens bien qu’on vient de créer un incident diplomatique ! Coup de radio au haut commandement, « conduisez-les à la gendarmerie » décident les militaires! Gendarmerie ! « Présentez les passeports, c’est très dangereux ce que vous venez de faire! » « Ha bon? » 4 thés et 25 confirmations/échanges/conduite à tenir plus tard, nous voilà repartis vers Choum et Atar … pour tomber à nouveau en réserve. Il nous reste 100 km à faire pour Choum et la gendarmerie surveille désormais chacun de nos pas, par satellite faut-il croire. A ce sujet, un ancien gendarme croisé à Atar un peu plus tard me dira: « vous croyez être seul dans le désert mais vous êtes en permanence surveillés. Ce que tu crois être un berger ou un chamelier ou un berger est en fait un gendarme. » Soit mais avec mon drone, moi les gendarmes je les répère bien avant qu’ils me localisent. D’ailleurs, juste après ça, Amaury fera mine d’ignorer un poste de contrôle alors que le mec nous courrait littéralement après !

Pendant qu’Amaury avait décidé de jouer au con ou plutôt d’assumer son nouveau blase de « Ducont » en ignorant les postes de contrôle (il me jurera ne pas l’avoir vu mais je ne le crois pas) j’ai moi aussi joué au « Ducont » en tournant la tête à l’opposé du gendarme! À droite, faisant mine d’admirer le paysage qui, cela dit en passant était authentiquement et véridiquement magnifique.

Bref, à sec complet, on a stoppé notre course du côté du monolithe de Ben Amira. Chez qui ? Bah chez les gendarmes. Amaury est parti en 4×4 avec un vieux du village qui, pour 1.500 Ouguyias, a accepté de l’emmener, de nuit, jusqu’à Choum pour remplir les bidons! Tu vas dire qu’on est un peu léger de ne pas mieux s’organiser mais on avait quand même chacun 40 litres d’essence avec nous. Difficile de faire plus et mieux même si ça reste insuffisant pour faire la liaison depuis la frontière jusqu’à Choum.

Bref, Amaury a fait du 4×4, et moi j’ai été invité à m’installer au poste de gendarmerie. On m’a offert le thé (minimum 3 sinon c’est un affront) et je les ai observés dans leurs fonctions ! Belote, bataille, télé par satellite, un peu de smarphone quand internet veut bien se réveiller, plaisanteries, tu l’auras compris, y’a pas grand chose à foutre ni à surveiller, à part moi. Mais moi, je suis Ducond, ça me confère un statut de moindre importance. Comme si tu surveillais personne quoi!

Je me suis quand même fait taxer un câble d’iPhone et des médocs pour la blennorragie (le gendarme a un peu hésité à formuler sa demande mais face à la douleur, il s’est décidé) puis à 23 heures, Amaury est rentré avec les bidons pleins. Et cette phrase absolument biblique: « je l’ai payée 1,5 euros le litre, c’est cher mais j’étais prêt à payer 3 euros! Ici, ce n’est pas le prix de l’essence qui compte mais sa valeur. » Putain, le mec quoi ! Il se fait démonter les vertébres pendant 140 bornes dans un vieux Land pourri, manque de sauter sur des mines (le vieux connaissait un raccourci à gauche du chemin de fer, en plein front polisario) et il se la joue Dalaï-lama philosophe !

On a sorti nos tentes … devant la gendarmerie, on a bouffé avec les mains les pâtes coquillettes/poulet préparées par les gendarmes, on s’est couché et on a gardé notre envie de pisser toute la nuit! Bah ouais on connaissait pas le mot de passe pour circuler aux abords de la gendarmerie! Ça aurait été quand même con que Ducond et Ducont prennent une douille juste pour une histoire de prostate. D’autant que j’avais pas de medocs pour soigner les trous de balle !

À demain si tu le veux bien !

Remerciements
– Toute l’équipe de Horizon Moto pour l’achat et la préparation des motos.
– Amaury Baratin mon compagnon de route.
– Olivier Destin (co boss de Horizon Moto 95) et Optimark pour la déco des motos.
– Philippe Trail-Rando (Phillipe et Henri-Pierre) pour les précieuses traces off-road.
– Les équipements de l’aventure:
– Shoei VFX-WR
https://www.shoei-europe.com/uk/news/new-vfx-wr
– Veste Rev’It Cayenne Pro
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– Pantalon Cayenne Pro
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– Gants Cayenne Pro
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Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 – épisode 7

| Ça sent le vécu, Des courses de dingue, histoires vraies, Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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