Bloqué, je suis bloqué en 1´33 depuis ce matin et ce, durant les deux séances d’essais du championnat European Bikes qui se joue ce week-end à Lédenon en même temps que le Superbike. Et tu sais pourquoi ? T’as le droit de penser que c’est en raison de la peur mais pas tant que ça. Je suis bloqué parce que pilote c’est une âme, une construction de l’esprit, une conception de la vie.

Tu vois, moi, quand je vois un mec me déboîter, je pourrais lui sucer la roue ! Bah non je me laisse gentiment décrocher en m’accrochant. Un peu mais pas assez. Pourquoi ? Parce que je réfléchis trop, je gamberge! Je me dis : « imagine c’est un mec qui roule 5 secondes plus rapide que toi », bah c’est une connerie d’essayer de le suivre. Du coup, je laisse passer connement les trains et je reste sur le quai de la gare avec mes valises de secondes dans chaque main, en 1’33. Bloqué, je suis bloqué !

Un vrai pilote, lui, il se pose pas de question, il est forcément meilleur que ce baltringue qui vient de lui faire l’extérieur avec 20 bornes de mieux ! Alors, il lui aspire la roue, il l’avale et il le taxe au freinage suivant. Net, sec, précis dans sa tête. Tout en travers et en cata sur la piste, mais il s’en fout il est devant. Pilote, c’est une envie, ou un don, tu l’as quand tu nais … ou tu l’as pas.

Pour être pilote, faut de l’ego, celui qui te fait t’imaginer tout en haut du podium, toisant crânement le deuxième. Pour être pilote, faut oser franchir la ligne rouge, entrer dans la dimension suivante. Franchir le pas pour savoir ce qu’il se passe, lorsque tour après tour et à chaque virage, tu vas freiner plus tard, accélérer plus tôt, passer plus vite sur chaque centimètre carré de piste. Tu tentes ta chance en sachant forcément que, la réponse que tu vas trouver, tous l’ont trouvé avant toi. Et ça s’appelle c’est la limite. Bien tu vois, moi je suis pas (assez) fait comme ça pour être un vrai pilote. Par nature, par construction, sans doute un défaut d’origine et pour ça y’a pas de garantie ni de SAV.

Je suis propre partout, à ma place sur ma trajectoire, mais il me manque l’attaque, la gniak, l’abandon de soi !
Attention je me plains pas, j’ai la chance exceptionnelle d’être intégré dans le meilleur des teams au guidon d’une moto qui est juste une bombe intersidérale. Car chez BMW et Tecmas, ils ont décidé de m’offrir le traitement VIP, pilote d’usine, le temps d’un week-end en championnat European Bikes. Tout ça pour un mec qui roule en 1’33, je te dis pas leur frustration.
Bloqué je suis bloqué !

Je suis sans doute le premier mec à leur demander moins de chevaux, moins de rigidité, moins de moins, moins de tout, parce que, vous comprenez, bah la Beheme c’est un putain d’avion de chasse. Alors quand je descends de la moto, je leur parle un langage cousu d’excuses, pas sur les réactions ni les défauts de la moto, elle est parfaite. Je leur parle doucement, un peu gêné, je leur dis que c’est de ma faute, que je suis trop crispé, que je m’accroche trop aux guidons, que je me bouge pas assez le cul. Et là, les ingénieurs, ils me regardent avec des yeux exorbités car ils n’ont jamais entendu ça et surtout, ils se demandent comment transformer ces infos de … merde, en réglages payants !

Mais puisque je vous dis qu’elle a le feu au cul cette béhème. Et moi, même si je suis assis dessus, bah j’arrive pas à la suivre. Je perds le fil de ses pensées, de ses envies, elle a toujours un temps d’avance sur moi, elle est toujours un virage plus loin que mon cerveau. Au pied de la cote de Lédenon, j’arrive pas à emmener la deux, à tirer dedans. Du coup, je joue mon lâche. Je passe la trois aussitôt pour calmer ses envies de décollage vers les étoiles. Et je me balade, je me traîne en 1’33. Bloqué, je suis bloqué je te dis ! Les mécanos, eux, bien qu’ils n’aient jamais rencontré un « pilote » comme ça, ils se dépouillent pour me trouver des solutions et ils ont un taf de fou. Démultiplication plus longue pour pouvoir enfin emmener la deux, intervention sur les maps, levier de frein différent.

Ils savent plus vraiment quoi me proposer pour me débloquer. J’me demande si j’aurais pas mieux fait de la faire en K1600GT cette course, bien protégé par la bulle, confort, pépère ! Parce que tu vois, les mecs qui roulent au Mans ou à Dijon en disant que 200 chevaux ça se gère bien, bah, je les invite à Lédenon, le Luna Park de la moto, le roller coster des circuits. Accroché en porte drapeau à la moto, impuissant, victime … et bloqué. Bloqué, je suis bloqué je te dis. Reste une séance d’essais (qualifs) pour se débloquer demain matin et ce sera déjà la première course demain après-midi. Je crois que je vais finir par débloquer !

Photos Gérard Délio
EUROPEAN-BIKES by Top Twin
Pirelli Moto
Tecmas Racing Team

#Bloqué

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Sur circuit | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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