Atar / Chinguetti

On devait décoller de bonne heure! Mais je t’avoue que nos galères sur la piste de Choum nous ont fait admettre qu’on devait trouver des solutions pour les filtres à air de nos motos. Les filtres d’origine sont désormais opaques et même la soufflette ne parvient plus à les déboucher !

Du coup, Amaury file en ville pour tenter de trouver des filtres qui pourraient s’approcher le plus de ceux d’une Transalp. Après avoir erré dans d’improbables décharges dont tu doutes que tous ces résidus de machine à laver / moteurs et autres circuits imprimés gisant pèle même et à même le sol, puissent un jour servir à quoi que ce soit, Amaury finit par trouver LES perles rares. Sans doute des filtres de compresseur qui montent avec très peu de modifications dans nos boîtes à air. Démarreur, quelques coups de gaz, ça semble tourner rond !

Un poulet/frites plus tard (comme si quelque chose nous retenait de nous mettre enfin en route) nous filons sur Chinguetti par une interminable piste en tôle ondulée qui aura d’ailleurs raison du support droit de jerrycan sur la moto d’Amaury et ventilera, façon puzzle, aux quatre coins de la Mauritanie, mes démonte pneus pourtant fixés avec des colliers Rilsan.

Chinguetti: ville dévorée par le sable, mythique par sa bibliothèque aux ouvrages séculaires dont certains sont écrits sur de la peau de gazelle ! Non, te casse pas vieux, reste! je suis pas là pour te servir pour la énieme fois ce sujet magazine vu et revu, qu’on appelle un marronnier dans le langage de la presse. Bien au contraire.

Car si architecturalement, Chinguetti est juste splendide, l’atmosphère de la ville ne nous a pas plu. Femmes et enfants nous sautant dessus tentant même de nous arracher nos sacs! Je ne sais pas ce que font les autres touristes (nous n’en avons d’ailleurs pas vu un) quand ils viennent, ce qui est sûr, c’est que nous avons parfois l’impression d’être le Père Noël. Au sens littéral du terme, les enfants pensent vraiment et sincèrement que nos sacs ne contiennent pas de fringues de rechange, ni des outils et encore moins des chambres à air mais des cadeaux à leur attention. Je n’émets aucun jugement, la Mauritanie reste extrêmement pauvre et en difficulté et je pense que la notion de voyage et de rencontre que nous cherchons dans ce Paris Dakar leur est très certainement lointaine et complètement abscons ! Nous souhaitons découvrir, eux veulent juste vivre voire survivre !

Histoire de faire le point, on se pose quand même quelques minutes autour d’un thé dans une échoppe au milieu de femmes qui réussissent à nous vendre deux babioles! Perso, je leur ai demandé de me choisir elles-mêmes un porte-clés « spécial bonheur » pour ma moto. On sort les cartes ! 120 bornes encore plus à l’Est, la ville de Ouadane et 60 bornes encore plus loin, le cratère de Gelb Er Richât, surnommé l’œil de l’Afrique de par son immensité avec ses 50 kilomètres de diamètre. Deux solutions pour y parvenir: la piste du plateau … ou la piste des dunes ?

Raison ou emmerdes garantis ? Ouais mais quoi ? 100 bornes de dunes, quoi ! ça fait rêver, ça sonne comme une vraie promesse non ? On tranche à mi chemin. « On s’engouffre dedans, on plante notre tente et si on le sent, on termine la traversée demain. » La sortie de la ville est carrément très rock. Mangée par les sables, chaque ruelle étroite débouche sur des montagnes de dunes molles qu’il nous est impossible de franchir sans élan. On tourne, on vire, on insiste pour enfin trouver la solution grâce à une piste qui file vers un ultime petit village.

Au delà de celui-ci, l’immensité, l’inconnu s’ouvre à nous. Des dunes majestueuses à perte de vue! Lors de notre passage à l’erg Chebbj au Maroc, on s’était déjà plongé dedans, pensant que ce serait peut-être notre seule occasion de vivre ça. Que ça ne représenterait pas! Là, on est seuls, pas une trace de goudron à moins de 200 bornes (l’erg Chebbi reste un beau tas de sable mais où il est impossible de se perdre), ici, c’est le désert, le vrai ! On porte le regard au loin pour tenter de rester dans de petits vallons plus ou moins porteurs. Surtout ne jamais se laisser enfermer dans une série de dunes trop hautes. Tu franchis la première, la deuxième te semble jouable et la troisième est un piège. Je l’apprendrais un peu plus tard seulement, mais l’erg de Chinguetti est composé en partie de dunes classiques, stables, aux formes douces, prévisibles et porteuses. Mais aussi de Barkanes. Là mec, t’as affaire à du lourd et mieux vaut être physionomiste dans l’affaire! La Barkane ? Une dune en forme de croissant allongé, souvent molle et hyper cassante sur l’un de ses côtés ! D’autant plus piégeur que les Barkanes peuvent se déplacer de 5 kilomètres par an au sein des dunes classiques ! Du genre vicieuse, fourbe, imprévisible !

Mais on s’en est plutôt bien sorti. Je ne te dis pas qu’on a pas abusé des hauts régimes (surtout ne jamais s’arrêter quitte à faire gueuler la première) ! Je ne te dis pas que le ventilo n’a pas soufflé tout ce qu’il pouvait sur le bicylindre en V et je t’assure que c’était pas pour fêter ses 23 bougies. Mais en visant les quelques fonds plats que nous trouvons parfois, notre progression s’est annoncée prometteuse !

Pour une fois, on s’est dit que ça serait cool d’installer notre campement avant la nuit. Barre à droite vers de plus hautes dunes. Là ça sera bien ! Entre quelques herbes à chameau, un acacia sculpté par le vent et le soleil qui tire sa révérence. On dirait un tableau de maître. Aucun peintre n’a d’ailleurs (à ma connaissance) jamais réalisé de fragonard représentant naïvement deux Transalp et … deux connards campant dans les dunes de Chinguetti. Mais je te jure qu’il devrait tellement c’est beau. On renonce à une plâtrée de pâtes qu’on s’était pourtant promis la veille . La gamelle est trop petite pour les faire cuire correctement et en une seule fois, le lyophilisé fera l’affaire. En fait, je pense qu’on a hâte de se glisser dans nos duvets. Là, au milieu de cette immensité dunaire, que dis-je lunaire, pour repenser à ces interminables étoiles filantes que nous venons de voir. Bercé par la douce sensation de flottement et de lévitation que te laisse le fait de rouler dans les dunes. Le mal des dunes quoi ! Un chameau est venu brouter proche de ma tente mais j’ai pas psychoté ! Putain que c’était bon ce nulle part !

À demain

Remerciements
– Toute l’équipe de Horizon Moto 95 pour l’achat et la préparation des motos.
Amaury Baratin mon compagnon de route.
– Olivier Destin (co boss de Horizon Moto 95) et Optimark pour la déco des motos.
– Philippe Trail-Rando (Phillipe et Henri-Pierre) pour les précieuses traces off-road.
– Les équipements de l’aventure:
– Shoei VFX-WR
https://www.shoei-europe.com/uk/news/new-vfx-wr
– Veste Rev’It Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/jacket-cayenne-pro-41420.html…
– Pantalon Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/…/trousers-cayenne-pro-44117.htm…
– Gants Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/gloves-cayenne-pro-40083.html…
– Nouvelle collection Rev’It à découvrir sur :
https://www.revitsport.com/en/adventure-world/
– Sw Motech pour les sabots moteur, les sacs et les protège leviers
https://sw-motech.com

Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 – épisode 9

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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