Atar / banc d’Arguin / Diama

Je t’ai laissé hier plein d’inquiétude et d’interrogations sur la fin de l’histoire ! Je sais que tu as hâte d’en connaître le dénouement. Tu sais quoi ? Ce qui est le plus incroyable, c’est qu’après toutes ces galères, on avait encore faim et soif ! Alors au petit matin, on est montés sur nos Transalp un poil défraîchies mais toujours partantes et on a mis en route le GPS! Direction Chami et le banc d’Arguin.

750 bornes qui demandent un peu de motivation, car c’est un peu comme si tu comptais aller de Paris à Lyon en passant par Nantes … pas obligé en France mais en Mauritanie si, car il n’y a pas d’autre route. Oui parce qu’on aurait pu prendre la piste mais là, avec nos éclopées et le peu de temps qu’il nous restait pour visiter cet ultime joyau de la Mauritanie, on a décidé que non, il ne fallait pas prendre la piste. C’était pas raisonnable!

Et puis la route c’est plus rapide. Enfin, en fait, ça dépend. Il faut trouver des stations qui distribuent de l’essence, beaucoup ne proposant que du gasoil. Il faut présenter une fiche de renseignements à chacun (et ils sont nombreux) des check points installés par la Gendarmerie Royale, la police ou les douanes. Par la piste, tu passes entre les mailles du filet! Ha justement, faut que je te raconte. Lors d’un des nombreux check points, un jeune gendarme mauritanien m’arrête et me demande fièrement LA fiche de renseignements (nom/prénom/marque et immat moto, etc…).

Je lui explique que j’avais pourtant fait 35 photocopies avant de partir de France et que là, bah… j’ai plus rien. J’ai déjà tout donné à ses collègues que je trouve un peu trop nombreux! Un peu emmerdé, le jeune gendarme file en référer à son supérieur qui est allongé dans un Land Rover en retrait de la route et semble roupiller! Le mec revient vers moi, fier d’avoir reçu l’instruction qui lui semble appropriée et me lance un « numéro moto ?» … en même temps qu’il louche sur ma plaque phare où trône un énorme « 67 », soit mon année de naissance.

Un poil taquin et étant plutôt créditeur avec la gendarmerie depuis notre depart, je tente donc le « 67 ». Le mec aquiesce. Jusque-là, tout semble cohérent ! Jusqu’à ce que, fier d’avoir accompli sa mission, il décide de … tourner les talons pour en référer à nouveau à son chef. Lequel semble lui dire que je viens de me foutre de sa gueule et qu’il a intérêt à revenir avec mon vrai numéro d’immatriculation sinon, il va prendre un coup de Rangers taille 43 dans son cul. Ho putain, je possède vraiment la science exacte pour me foutre dans la merde! J’ai fait le mec qui n’avait pas compris, mais faut vraiment que j’arrête mes blagues pourries au mauvais moment !

On est passés sans s’arrêter par Nouakchott et on est remontés vers le nord, en direction de Chami. Pourquoi Chami? Parce que Chami est l’unique station essence entre Nouadhibou, tout au nord de la Mauritanie, et Nouakchott. C’est donc le seul point de ravitaillement qui nous permettra ensuite d’avoir 400 km d’autonomie pour couper au cap à travers les dunes vers la mer et ensuite se faire tout le banc d’Arguin avant de rejoindre de nouveau Nouakchott !

Sauf que tu vois, à Chami, à la station essence dénommée « Gare du Nord », et bien, on a failli y rester. Abandonnés, laissés pour compte, sur le quai. Je t’explique. On arrive, il ne nous reste plus un seul Ouguiya en poche mais on sait qu’il y a moyen de changer des euros. Le pompiste nous balance sans sourciller un taux de change à 32, alors qu’on change à 40 depuis le début. Je veux bien faire marcher le commerce et participer à l’effort de guerre mais là, c’est du vol, du rackett. On commence à râler un peu. La station est grande et il y a un resto. Amaury file à l’intérieur voir si quelqu’un d’autre peut peut pratiquer un meilleur taux. Et revient tout sourire avec des Ouguyias qu’il a changé à 35 et demande le plein.

Le pompiste usurier ne bronche pas, fait le plein du réservoir d’Amaury, commence le plein d’une des nourrices, fait claquer le pistolet, le raccroche et me dit : « fini, y’a plus d’essence, la pompe est vide. » Hyper vexé de ne pas avoir réussi à nous arnaquer, le mec va jusqu’à nous priver du précieux liquide qui, seul, peut nous permettre de poursuivre notre piste ! On insiste, le mec n’en démord pas: « plus d’essence fini ». Heu et on fait comment
nous? Heureusement nous finissons par apprendre que, depuis notre dernier passage dans les parages voilà dix ans, une autre station a désormais été construite à Chami. On fait le plein, on zoome dans le GPS. Plein ouest, coupe au cap vers la mer et le sublime banc d’Arguin.

Pas mal de sable mais peu de grosses dunes (tout du moins clairsemées ce qui permet de les éviter) quelques shots avant de débarquer face à la mer. Cap au nord vers un point où deux pistes semblent se rejoindre. Une fois de plus, il fait quasiment nuit, on ne sait pas faire autrement. Au pied d’un village de pêcheurs: une immense falaise où trônent en hauteur des bâtiments bleus. On pose quelques questions, ce serait des chambres pour dormir. On monte sur une piste trialistante pour tomber face à un panneau d’interdiction… de pénétrer dans les bâtiments des Gardes Côte! Échec!

On fait demi-tour et en redescendant de l’autre côté de la falaise … nous découvrons quelques tentes ! Pour la première fois depuis notre arrivée en Mauritanie, et même si les déserts traversés sont d’une beauté à couper le souffle, nous ressentons un peu de douceur. Quelques tentes, la plage, le bruit des vagues, un immense poisson cuit sur le grill, ça ressemblait (pour nous) presque à une pub pour des vacances luxueuses aux Bahamas et en plein hiver. De celles que tu vois sur les culs de bus. J’ai fait voler mon drone pour immortaliser l’endroit, je me suis soulagé la vessie face à la mer tandis que ma frontale éclairait les yeux des renards qui comptaient sans doute sur un quelconque restant de poisson. J’ai fait la chasse aux caries et j’ai dit à Amaury qui … nettoyait à nouveau les deux rampes de carbu, que j’allais sous la tente, dans mon duvet, t’écrire ces quelques lignes.

J’ai dû tenir un petit quart d’heure avant de m’endormir profondément, réveillé deux heures plus tard par Amaury qui gueulait parce qu’il venait de faire tomber ma moto mal béquillée, à ras de la tente et de ma tronche! J’ai pas demandé s’il l’avait fait exprès, je suis sorti l’aider, je pense qu’il a compris que je l’avais un peu abandonné. On s’est couchès et endormis au bruit de la marée descendante, puis montante. Le lendemain, on a avalé les crêpes promises la veille et on s’est mis en route pour Nouakchott par la plage. Des kilomètres de sable où il faut parfois prendre soin d’éviter des langues de sable qui ne mènent nulle part. Des dunes où Amaury effectue un dernier salto par l’avant. Et des pistes oubliées, à peine marquées, recouvertes de sable. Il faut régulièrement porter le regard au loin pour en deviner la suite. Un village où des pêcheurs nous montrent leur pêche miraculeuse (ces eaux sont parmi les plus poissonneuses au monde) sur des embarcations de fortune. La Mauritanie prend véritablement et d’un coup des airs de vacances et de fin de voyage. Mais ça, c’est pour mieux t’endormir …

De retour à Nouakchott, on prend notre temps pour avaler quelque chose avant de reprendre la route vers 19h00, à la tombée de la nuit. 240 bornes de goudron pour aller jusqu’à Rosso à là frontière sénégalaise, ça ne devrait pas nous prendre plus de trois heures. On est cool ! Sauf qu’à un check-point, un gendarme nous annonce que c’est pas très raisonnable parce que le « goudron est cassé ». Ouais, tu sais, on en a vu d’autre depuis notre départ ! Bah, oui et non, en fait. Car nous allons vivre 5 heures d’enfer pur. A croiser des 38 tonnes qui ne lâchent jamais le morceau, plein phares, dans des pistes parallèles à la route en réfection! Le passage de ces mastodontes a retourné le sable, créant d’immenses bassines de fesh-fesh (ce sable profond qui ressemble à de la farine) que l’on aperçoit … qu’une fois plongés dedans. Amaury va même éviter de justesse un âne prostré au milieu de la route. Pour ma part, aveuglé par les phares je ne vais voir que la tête de l’âne au ras de mon rétro gauche !

23 heures 30, épuisés, on arrive à Rosso ! On refait les pleins et on achète 2 bananes/3 oranges et 2 Cocas! Ouais parce qu’on a encore de la route ! Enfin de la piste. Je vais être super cash avec toi. Si un jour tu te décides de suivre nos pas, de Paris à Dakar, évite à tous prix le passage de la frontière par le bac de Rosso qui traverse le fleuve Sénégal. Que ce soit pour Amaury ou pour moi, ça reste un des nos pires souvenirs du racket organisé, de crapules sans foi ni loi. Il n’existe qu’une seule solution: prendre les 100 kilomètres de piste qui longent le fleuve Sénégal pour rejoindre tout à l’ouest la ville de Diama et son pont/barrage. Avec un peu d’appréhension, toutes nos recherches sur internet font état d’une piste vraiment difficile en cas de pluie. Ok, il ne pleut pas mais il fait nuit et nous en sommes depuis ce matin à 16 heures de moto, l’objectif étant de dormir au pied du barrage pour passer la douane au plus tôt !

Bonne nouvelle, la piste est plutôt roulante! Mais même à 50 km/h, ça reste deux heures de moto. Après 50 kilomètres, je jette l’éponge. Je repère un groupe de buissons sur la droite qui nous permet de planter nos tentes et d’être masqués du bord de la piste (on nous a déconseillé d’y passer de nuit, alors d’y dormir…). Épuisés, on se dit que ça fera l’affaire. Je crois qu’on n’a jamais installé aussi vite notre campement, en priant pour que les crocodiles (réellement présents car nous ne sommes qu’à quelques kilomètres de la réserve Diawling) décident de bouffer autre chose que du motard pas frais! Je me glisse dans mon duvet, je pense que cette fois-ci, ce sont juste des phacochères qui nous ont rendu visite ! Demain, enfin tout-à-l’heure, lever 6 heures pour rallier, enfin et peut-être, Dakar.

À demain

Remerciements
– Toute l’équipe de Horizon Moto 95pour l’achat et la préparation des motos.
Amaury Baratinmon compagnon de route.
– Olivier Destin (co boss de Horizon Moto 95) et Optimark pour la déco des motos.
– Philippe Trail-Rando (Phillipe et Henri-Pierre) pour les précieuses traces off-road.
– Les équipements de l’aventure:
– Shoei VFX-WR
https://www.shoei-europe.com/uk/news/new-vfx-wr
– Veste Rev’It Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/jacket-cayenne-pro-41420.html…
– Pantalon Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/…/trousers-cayenne-pro-44117.htm…
– Gants Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/gloves-cayenne-pro-40083.html…
– Nouvelle collection Rev’It à découvrir sur :
https://www.revitsport.com/en/adventure-world/
– Sw Motech pour les sabots moteur, les sacs et les protège leviers

Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 – épisode 12

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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