Chinguetti / Oudane / Gelb Er Richât / Atar

Au réveil, une orange ! Pas que ça à foutre de petit déjeuner, on est pressé. D’autant qu’on avait tout calé la veille, nickel ! Direction Ouadane par le reste des dunes ! 8h00, Contact, démarreur et on a … finalement pris la direction opposée. La queue entre les jambes! Bah ouais, la nuit a fait son travail de sape. Tu sais, c’est vrai qu’on est venu là pour vivre toutes ces histoires, ces aventures mais notre fer à cheval de l’Himalaya à nous, notre quête du Saint Graal, c’est la passe de Tifoujar !

Alors en dégustant notre orange, et vu ce qu’on a déjà fait subir aux Transalp depuis maintenant 5.000 kilomètres on s’est dit que les dunes, ce n’était finalement pas très malin. Et que le risque mécanique était trop important! On s’est donc résigné à retourner sur la tôle ondulée pour rejoindre Ouadane. Soit ! Mais juste avant ça, je me suis dit qu’un petit travelling vidéo serait du plus bel effet. Je fixe une perche à l’arrière de la moto d’Amaury, une Go Pro 7, celle qui stabilise enfin et vraiment les images (je n’ai pas d’actions chez eux) et gaz ! Non Amaury, j’ai pas dit gros gaz, juste gaz! Sauf que lui, il s’est cru en speciale. Pour que l’image soit belle et impressionnante et parce que j’ai toujours envie de te faire plaisir, je dois rouler à une vingtaine de centimètres de son cul. Soit pile dans la trace que lui a choisi ! Sans voir rien voir ; au loin, devant, sur les côtes. Le tout au milieu de l’herbe à chameaux et des dunettes que je ne peux anticiper. Ça fait beaucoup de paramètres à gérer mais ça doit être impressionnant à l’image … jusqu’à ce qu’Amaury rende légèrement les gaz.

Je coupe à mon tour, en retard et de façon plus brutale. Le guidon se met en butée à droite, revient d’un coup sec à gauche, la roue avant disparaît dans le sable. Bim, bam, boum, me voila sêché au sol avec une douleur que je connais bien. Celle de l’acromio-claviculaire. Également bien nommée la touche de piano … qui sort de son logement lorsqu’elle est luxée. On n’en est pas encore à ce stade là mais je sens qu’un petit Voltarene ce soir ne sera pas de refus ! Merde, la journée commence vraiment mal ! Comment je vais faire pour tirer sur le guidon, pour relever la moto si elle tombe ?

Mais les questions, ça sera plus tard. Pour l’instant sortir de là et rallier Ouadane et sa ville en ruines, classée au patrimoine mondial de l’Unesco ! Une fois de plus, curieuse atmosphère. En venant, moi, je m’étais dit qu’on allait croiser quelques touristes. Juste avant de partir, l’attention de pas mal de médias (France 5 avec Échappées Belles/France Inter/Géo) s’étaient focalisés sur ces sites reculés et splendides de la Mauritanie! Mais rien ni personne, le désert absolu !

On grenouille pas mal pour trouver la piste censée nous mener vers l’Oeil de l’Afrique, l’immense cratère de Gerb Er Richât. Va jeter un œil sur Google Earth, je te jure que ça vaut le coup. D’incroyables cercles concentriques sur 50 km de diamètre. Pas sûr qu’une fois au cœur de celui-ci, on puisse aussi bien s’en rendre compte ! Un vieux nous a indiqué un point GPS à suivre, lequel est censé nous mener vers un fort. Ensuite, il ne nous restera plus que 25 bornes à faire pour venir chatouiller la pupille de l’Afrique !

Sauf qu’à ce moment, on est loin de se douter de ce qui nous attend. Ce point GPS est une coupe au cap qui nous ramène en permanence vers de hautes dunes. On a beau essayer de tirer sur la gauche, si nous voulons rejoindre ce point, nous n’avons pas d’autre choix que de plonger dedans. Nous en payons le prix fort avec plusieurs plantages en règle. A chaque fois, c’est la même punition pour se sortir de là. Il faut dégager le sable sous les roues, faire pivoter la moto sur elle-même en tirant sur la roue avant et enfin relever la moto pour repartir dans l’autre sens. La Transalp semble peser à chaque fois un peu plus lourd. Faire à nouveau demi-tour pour trouver le bon passage cette fois-ci, ne pas refaire la même erreur! On tente de se surveiller mutuellement mais on se perd régulièrement de vue! Non pas que l’on ait peur de se perdre mais là, honnêtement, la moindre blessure, rester coincé sous la moto, peut vite devenir un véritable problème, Nous sommes épuisés, rincés, vidés. Pour la première fois depuis notre départ, je tape dans notre réserve supplémentaire d’eau accrochée sur le flan droit de la moto!

Au pied d’une dune où nous sommes tanqués, une famille de nomades vient à notre rencontre et tente de nous vendre de l’artisanat ! Nos mines déconfites et lessivées suffit à les en convaincre que ce n’est pas le moment et a même pour effet de déclencher un rire profond, sincère et communicatif chez une jeune fille ! Plantés là au milieu du désert, avec un troupeau de chèvres et comme seule distraction des coloquintes (avec lesquels, paraît-il, ils jouent aux boules) je me dis que ces gens ont une incroyable force de vivre ! Et que nos galères ne sont rien! Allez, on va y arriver.

Elle nous indique une autre solution pour atteindre le cratère ! Entre deux dunes, un fond plus porteur qui nous mène vers une immense entendue. L’espoir renaît ! Nous débouchons sur un plateau, le cratère ne peut être loin. Une dernière montée et … la Transalp décide d’afficher son ras-le-bol. Première, gaz en grand, elle doit développer 20 chevaux hors taxe et ratatouille comme si elle disposait d’un traction control qui serait enclenché dans le sable! Impossible de prendre de l’élan, de sortir la roue arrière à la surface du sable ! Fin de parcours ! Par acquis de conscience, j’envoie mon drone pour constater… que les 10 bornes restant sont rigoureusement identiques !

Demi-tour, nous n’avons pas d’autre choix. Clairement et alors que le Maroc s’était déroulé sans difficulté majeure, depuis que nous sommes arrivés en Mauritanie, plus rien ne se déroule comme prévu ! Le terrain y est nettement plus hostile, compliqué. Je sais que les photos te font sans doute rêver d’une telle aventure. Nous ne sommes pas les premiers ni les derniers à la tenter, mais si l’envie te prenait de venir, sois conscient que rien mais alors vraiment rien ne te sera donné!

Il est 17h00 et il fait nuit dans deux heures, soit à peine le temps de refaire le chemin en sens inverse jusqu’à Ouadane. Ensuite, c’est 170 kilomètres, de nuit, sur la tôle ondulée qui nous attendent. Autant il nous était possible à l’aller de rouler bord de piste, à 80 km/h pour trouver la bonne fréquence des bosses et ne pas la subir, autant là, de nuit, nous n’avons pas le choix que de rouler à 50 et de visiter chaque bosse et trou. Sans compter que la piste est truffée de ravines visibles au dernier moment. La fatigue et la lassitude s’installent. Amaury a carrément la sensation de voir une forêt défiler de chaque côté de la piste alors que c’est un désert de cailloux! Retour à Atar ! L’addition est salée: un Voltarene pour ma part, des motos qui ont désormais du mal à avancer et qui ont sans douté avalé du sable! Curieusement, alors que nous avons déjà fait les 3/4 du parcours, Tifoujar et encore plus Dakar semblent s’éloigner !

Allez, à demain !

Remerciements
– Toute l’équipe de Horizon moto 95 pour l’achat et la préparation des motos.
– Amaury Baratin mon compagnon de route.
– Olivier Destin (co boss de Horizon Moto 95) et Optimark pour la déco des motos.
– Philippe Trail-Rando (Phillipe et Henri-Pierre) pour les précieuses traces off-road.
– Les équipements de l’aventure:
– Shoei VFX-WR
https://www.shoei-europe.com/uk/news/new-vfx-wr
– Veste Rev’It Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/jacket-cayenne-pro-41420.html…
– Pantalon Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/…/trousers-cayenne-pro-44117.htm…
– Gants Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/gloves-cayenne-pro-40083.html…
– Nouvelle collection Rev’It à découvrir sur :
https://www.revitsport.com/en/adventure-world/
– Sw Motech pour les sabots moteur, les sacs et les protège leviers
https://sw-motech.com

Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 – épisode 10

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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