Diama / Dakar

5 heures de sommeil, la nuit a été courte ! De toute façon, c’est comme ça depuis le début. Je vais d’ailleurs et à ce sujet te faire une petite confidence. Je ne voyage pas comme un vrai Globetrotter ! Le Globetrotter, lui il prend son temps. Il rajoute des étapes, renifle l’air ambiant, change de cap au gré de son humeur et des infos récoltées sur place. Non, moi, j’ai un billet retour pour revenir au bercail, t’imaginer d’autres vidéos. Et avec toutes nos galères, on a pris pas mal de retard. Du coup, on a couru après le temps, les distances, les kilomètres (8.000 en tout) dans un rythme effréné car il n’était pas question de renoncer à aucune de nos étapes. Ça reste pour moi une vraie frustration : voyager un jour sans contrainte aucune, ça doit être magique.

Mais là, faut qu’on speed car dans la journée, nous devons rejoindre Diama, passer les frontières (et ça, c’est toujours la loterie en matière de temps), rallier Dakar pour faire le tri dans nos affaires et commencer à mettre nos motos en caisse pour un retour au Havre, par bateau ! Donc, une fois de plus, le chrono s’est mis en route. D’autant qu’Amaury trouve qu’on traîne de trop le matin pour remballer tout le matos. Alors j’ai fait le pari qu’en 30 minutes, on réussirait à : se laver, ranger nos affaires, plier le duvet, la tente, dégonfler le matelas, tout ranger dans nos sacs, sangler nos sacs et se mettre en route. Un inventaire qui me permet d’ailleurs de te dire que, parmi tout le matos que nous avons choisi d’emporter, tout mais absolument tout, a servi au moins une fois. Ou a eu au moins une utilité détournée. Comme l’outre d’eau qui a servi de bac à essence pour laver les carbus. Signe d’un chargement parfaitement optimisé.

Bon, finalement, ça me prendra 4 minutes de plus que les trente allouées, pour être prêt. Du coup, je sens bien que je t’ai mis dans le speed avec ce début de journée au pas de charge. Mais rassure toi. Comme d’hab’, on aura quand même pris le temps d’être en retard! Et comme d’hab’, ce soir, on roulera forcément de nuit. On posera nos valises tard parce qu’on n’aura pas su faire autrement que de profiter, en un temps record. C’est ainsi qu’on petit matin et après avoir parcouru à peine 10 kilomètres, une famille de phacochères nous toise au beau milieu de la piste. Stooopppppppppp ! Et hop, un petit coup de caméra. Et là-bas ! Des flamands roses, par dizaines. Et hop, un petit coup de drone ! “ Heu, dis Amaury ! Vu qu’on est pressés, ça serait bien si on fixait une caméra au bout de la perche de 4 mètres pour faire un beau travelling”. Et hop, un travelling. Je sais à peu près à quoi va rassembler la vidéo finale que je vais te monter à mon retour, et tout ça me plaît bien !

En revanche, ce qu’on ne sait pas encore (car de nuit, nous n’avons vu aucun panneau) c’est que nous sommes au cœur du parc de Diawling, patrimoine mondial de l’Unesco. Et qu’on a dormi, pour de vrai … avec le crocodile, le fennec, le serval, le python de Séba, le varan de la savane et … le loup. Si je te jure le loup ! Alors que je roule ébahi par toute cette nature qui s’éveille avec la montée du soleil, je tombe nez à nez avec ce que j’identifie clairement comme étant un loup. Pas un chien en tenue de carnaval, non, un loup. Je suis pas con, un loup c’est un loup et je viens de voir un loup. J’arrive au check point de sortie du parc où Amaury, parti devant, discute déjà avec un garde! Je pose la question tout en sentant bien qu’Amaury et le garde vont se foutre de ma gueule. “Y’a des loups ici ? ”. Bingo ! Non, pas bingo pour les loups, mais bingo, ils se foutent de ma gueule. Sauf que j’ai vu un loup.

Du coup, en t’écrivant ces quelques lignes, la curiosité me pousse à visiter le site internet du parc de Diawling. Et là qu’est-ce que je vois, que je trouve que j’apprends. Le parc de Diawling abrite … le loup d’Afrique ! Ou plus exactement le Canis Aureus, une espèce à mi-chemin entre le chacal et le loup. Mais plus proche du loup car plus trapu que le chacal, avec des oreilles courtes, une fourrure plus sombre et un comportement dominant face aux chacals autour d’une charogne. Un loup quoi ! Putain, on a dormi au milieu des loups ! Moi qui croyait que ce n’était pas raisonnable de dormir ici en raison des mauvaises fréquentations humaines !

Un peu perturbé (Amaury lui, il ”s’en bat les couilles”) on arrive à la frontière de Diama. Un grand pont barrage qui semble d’une quiétude étonnante pour une frontière. Surtout comparé au bac de Rosso. Avec Amaury, on s’est mis d’accord. On choisit un passeur et on lui demande son tarif pour faire l’ensemble des manips : payer le passage du pont/barrage (3 euros), les douaniers (10 euros les douaniers, on se demande pourquoi ?), l’assurance obligatoire (15 euros, au départ, c’était le triple) et le passeur (10 euros). Soit 76 euros pour les deux motos. Le mec prend tous nos papiers en main, c’est désormais limite si les douaniers demandent à voir nos tronches. On en profite pour s’installer sous une tente et savourer un sandwich omelette, un thé et quelques arachides. En à peine une heure l’affaire sera réglée ! Une performance absolue même si, histoire de lui mettre un peu la pression, j’avais dit au passeur qu’il fallait que ça soit réglé en 15 minutes car “Tata Gisèle nous attend à Dakar ”.Je sais pas pourquoi j’invente en permanence toutes ces histoires à dormir debout.

Tiens, juste avant de quitter le Sénégal, un marchand de cartes téléphoniques vient me voir. Je lui dis que je sais très bien qui il est. Que je le connais bien ! Car ici, sous douane, tout le monde dit que c’est lui, qui pratique les meilleurs tarifs. Je dis toujours ça pour faire baisser le prix. Mais au lieu de prendre avec fierté cette notoriété soudaine, le mec s’offusque carrément et m’intime de lui dire “QUI ? ” Qui m’a dit ça ? Histoire de foutre un peu plus le bordel, je désigne mon passeur. Qui lui rétorque que “non”, il n’a jamais dit ça. Ça commence à partir en cacahuètes ! Et là, d’un coup d’un seul, je percute. Mais bon sang, c’est bien sûr ! Quand tu dis à un passeur qu’il fait de bons prix par rapport aux autres, ça veut qu’il casse le marché. Qu’il ne joue pas le jeu. Qu’il ne t’arnaque pas assez. La pure honte ! Bah ouais, plus tu vends tes arnaques chères, plus tu es considéré socialement. Du coup, j’explique que j’ai du me tromper, que je ne sais plus qui m’a dit ça, et on file en douce.

Je te l’ai déjà dit mais je suis toujours surpris de voir comme, à 2 kilomètres près et pour une simple histoire de frontière purement fictive tracée sur une carte, l’atmosphère peut changer. Les couleurs des boubous nous sautent au visage, une incroyable vie et activité semble prendre le dessus. C’est l’Afrique Noire qui nous submerge. Direction l’incontournable Lac Rose pour une arrivée en beauté. Et tu sais quoi ? Le lac rose, bah, il est rose. Ça te semble évident comme ça mais ça ne l’est pas. Selon la lumière, la température et plein d’autres facteurs que je ne saisis pas bien, le lac est plus ou moins rose. Voire pas du tout certains jours. Là, la chance est avec nous ! On se fait un petit run sur le lac, on se fourre une dernière fois dans la panade en allant visiter les dunes, on se fait refiler porte-clés, bracelets et adresses de nos possibles deuxièmes femmes au Sénégal, la polygamie n’étant ici, pas un souci. Comme sur le vrai Dakar, la dernière étape est toujours un peu décevante, émotionnellement en-dessous de tout ce que tu viens de vivre. Trop facile quoi !

Et on file du côté de Saly, chez Jean-Fi notre contact au Sénégal, qui doit nous aider à mettre les motos en caisse. Et là, j’annonce du grand Mendes. Du très grand Mendes. J’avoue qu’avant de partir, on a fait beaucoup de recherches sur internet sans jamais trouver de réponses claires pour rapatrier nos motos de Dakar. Jean-Fi lui, nous met en contact, à raison, vers la société Bolloré hyper sérieuse dont je peux te donner les coordonnées si tu le souhaites. Ça fera 750 euros par moto, le prix étant évalué sur le volume que vont occuper nos motos dans le container où elles seront chargées. Ça, c’est pour la partie facile, même si tu n’oublieras pas que ta moto est inscrite à la main sur une page de ton passeport (le fameux passavant) et qu’elle doit être validée par les douanes sur ton passeport, comme sortie du territoire avant de reprendre l’avion (il est interdit d’importer et de vendre au Sénégal des véhicules de plus de 8 ans). Sinon, à l’aéroport, les douanes te gardent. Bon, comme d’hab, on avait pas le temps. On a pas attendu que les motos soient dédouanées sur nos passeports. En sortant, le douanier n’a pas regardé à la bonne page, et c’est passé comme une lettre à la Poste. La chance du débutant quoi !

En revanche, il nous a fallu fabriquer des caisses pour emballer nos motos. On est allé chez CFAO, le concessionnaire Yamaha à Dakar. Des crèmes les mecs. Le chef d’atelier s’est pris d’amitié pour Amaury. “Entre mécanos, c’est normal ” n’arrêtait-il pas de dire. Il nous a emmenés dans l’arrière-cour où traînent des dizaines d’YBR 125 ! Un best-seller au Sénégal. Amaury a commencé à lorgner sur les châssis acier qui permettent de transporter ces YBR. Sauf qu’une YBR, ça pèse 125 kilos, soit une centaine de moins que nos Transalp. On s’est grattés la tête et on a fini par superposer et sangler deux châssis acier entre eux. J’ai enclenché la première sur la Transalp et je l’ai montée sur notre bâtis de fortune. Lequel aurait fait blêmir de jalousie et d’ingéniosité Gustave Eiffel. On a sanglé les roues au bâtis, comprimé les suspensions à bloc, et entouré le tout de cartons et de scotch US. On aurait dit un immense chamallow doté d’une poignée d’accélération et d’un embrayage ! Oui, le guidon dépassait du carton. Une pochette informe, prête à te gicler au visage à la moindre manip. Il ne nous restait plus qu’à transporter nos deux … trucs, enfin les choses-là, jusqu’à l’entrepôt de départ pour Le Havre.

Amaury est sorti dans la rue et a trouvé un tricycle chinois, Lifan, avec à son bord 5 blacks bien costauds. Avec son Fenwick, le chef d’atelier a glissé les deux pales sous la première caisse et a commencé à lever l’ensemble pour charger la moto sur le Lifan. Moi, j’ai vu le châssis se tordre de peur, à l’avant et à l’arrière, sous le poids des roues qui reposaient sur le châssis. On aurait dit une immense banane qui faisait la gueule vers le bas. Le chef d’atelier n’a pas compris ce qui se passait. Il a essayé d’avancer pour charger la moto sur le tricycle. Sauf que le paquet traînait encore par terre à ses extrémités. On lui a dit : “Plus haut!”. “Non plus haut! ”. “ Encore plus haut”. Il a levé, levé, levé les pales du Fenwick. Jusqu’au ciel. Jusqu’à ce qu’on réussisse enfin à charger la grande banane dépressive sur le tripoteur. Avec les 5 blacks hyper costauds, je suis allé par la route jusqu’à l’entrepôt. J’ai cru qu’on allait se renverser plusieurs fois dans ces chemins en terre. Sur place, le gérant de l’entrepôt a eu un doute sur ce qu’il venait de voir arriver. Il a soulevé un bout de carton qui emballait la banane géante pour constater que c’était une moto. Y’avait pas de Fenwick pour la décharger mais je crois que c’était mieux. La mecs ont soulevé la maxi banane à la main et l’ont posée à terre, en attendant d’être chargée dans un container.

On est repartis, tous ensemble sur le tricycle Lifan et j’ai eu un énorme pincement au cœur ! Cette histoire signait vraiment la fin de nos aventures africaines. Un Paris / Dakar par les pistes, le sable, les galères, les emmerdes à dos d’une banane mûre de 23 ans et achetée tout juste 1.500 euros sur Le Bon Coin. Putain, que c’était bon. Y’avait pas de chrono, pas de road-book distribué le matin, pas de spéciales mais l’aventure, la vraie, était au rendez-vous. Certains se demanderont quel moment/galère m’a le plus marqué. Avant-tout l’histoire de deux potes qui, ensemble, vont jusqu’au bout d’un truc.

Voilà, je ne te dis pas à demain et ça me fait beaucoup de peine ! Merci pour tous tes messages d’encouragements, ça nous a vraiment fait chaud au cœur que tu nous suives. Laisse moi un peu de temps pour la vidéo, avec 600 Go de rushes, va falloir être impitoyable pour te raconter tout ça, en images animées cette fois. Bise du Sénégal et n’oublie pas d’ouvrir la porte de chez toi et de rouler, droit devant ou en zigzagant! Qu’il fasse moins 10 ou 40 degrés. Que ce soit vers Dakar ou ailleurs. Pour une heure ou une vie ! Roule l’ami (e), roule !

Remerciements
– Toute l’équipe de Horizon Moto 95 pour l’achat et la préparation des motos.
Amaury Baratin mon compagnon de route.
Oliv Destin (co boss de Horizon Moto 95) et Optimark pour la déco des motos.
Philippe Trail-Rando (Phillipe et Henri-Pierre) pour les précieuses traces off-road.
– Les équipements de l’aventure:
– Shoei VFX-WR
https://www.shoei-europe.com/uk/news/new-vfx-wr
– Veste Rev’It Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/jacket-cayenne-pro-41420.html
– Pantalon Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/…/trousers-cayenne-pro-44117.htm…
– Gants Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/gloves-cayenne-pro-40083.html
– Nouvelle collection Rev’It à découvrir sur :
https://www.revitsport.com/en/adventure-world/
– Sw Motech pour les sabots moteur, les sacs et les protège leviers
https://sw-motech.com/fr

Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 – épisode 13

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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