Lever 7h00. Douche à la marocaine (un robinet et une grande bassine d’eau) on remballe nos glingues pour passer sur la pointe des pieds devant le veilleur de nuit … qui dort à poings fermés face aux caméras surveillant nos motos. Je dis ça, ami, n’y vois aucun propos mal intentionné. C’est juste que quand tu retournes à la civilisation, tu flippes toujours de te faire tirer un truc important resté accroché à ta moto. Genre la trousse à outils. Malgré cette crainte, sache que nous avons traversé le Maroc sous la bienveillance permanente de tout son peuple.

Nous harnachons nos Transalp pour filer vers la douane, de nuit. Dans l’espoir d’y être les premiers ,histoire de ne pas y passer des heures. D’autant qu’après être sorti du Maroc nous attend le fameux No Man’s Land. Une bande de terre de 2 kilomètres n’appartenant ni au Maroc ni à la Mauritanie. Je l’ai traversée voilà dix ans. Des pistes se croisent dans tous les sens mais il faut viser celle sur la gauche. Pour éviter le sable et les mines. Le seul problème, c’est que lorsque tu aperçois le poste frontière mauritanien, tu as tendance à redresser la barre vers la droite … pour inévitablement t’ensabler !

On arrive à 8h30 et … c’est blindé. Tout a radicalement changé ! Il y a une station essence toute neuve (avant, la station toute dégondée était fermée et il te fallait plus de 450 km d’autonomie pour rejoindre Nouakchott) des commerces et une file interminable de 38 tonnes. Non, c’est pas vrai! On va y passer des heures. On tente un truc bien français (faut bien faire valoir ses spécificités et son éducation quand on le peut) et nous remontons toute la file. L’air un peu gêné (on le fait super bien)! Un type nous fait signe de nous placer devant comme si c’était normal. Soit !

9h00 le poste frontière marocain ouvre ses portes et on s’aperçoit que le pneu arrière d’Amaury est crevé. Pas grave, on file faire les formalités, on verra après. « Rien à déclarer ? ». « Non juste l’envie de poursuivre notre Paris Dakar en Mauritanie. Le plus vite sera d’ailleurs le mieux! » Les barrières s’ouvrent, nous plongeons dans le No Man’s Land où une file interminable de camions a passé la nuit. Là aussi, surprise. Un bitume tout neuf court désormais sur 1,5 km environ ! Sur les 500 derniers mètres, les 38 tonnes doivent encore trialiser sur les pierres et éviter de s’ensabler. Des tonnes de carcasses de voitures en bout de course et à bout de souffle offrent un paysage apocalyptique! Des caravanes, de vieux fourgons semblent même habités dans cet espace sans loi, ni état !

Nous franchissons la barrière d’entrée en Mauritanie. Comme d’hab, une nuée de mecs te veulent du bien, tentant tous de t’arracher tes papiers pour te faire croire qu’ils vont s’occuper de tout et que ça va aller plus vite.
Le pneu arrière d’Amaury est vraiment à plat, pas d’autre choix que de changer la chambre à air. On s’y met à deux! Un grand type parlant super bien français sur un ton tellement péremptoire qu’on pourrait croire que c’est un douanier, nous demande nos papiers. Je craque ! Je sais que c’est juste un intermédiaire mais devant la situation je lui file tout. « On est des techniciens de la douane » me dit le mec! On me l’avait jamais faite celle-là ! Un vrai rigolo qui va nous tarifer son expertise 80 euros pour le passage en douane et l’assurance obligatoire en Mauritanie. C’est de l’arnaque mais une arnaque officielle couverte par les douaniers qui arrêtent désormais de te demander un cadeau ! Ça faisait mauvais genre ! J’imagine que c’est maintenant les passeurs les rétribue, c’est moins visible!

Mauritanie nous voilà ! Km 50: au lieu de suivre Nouakchott, on bifurque à gauche vers la piste ? La piste ? Quelle piste ? Il n’y en a pas et le sable est hyper profond. On zigue, on zague, on zigzague entre deux trois baraques et on essaie tant bien que mal de repérer des traces! Sans succès . On tire à droite sur un grand plateau pour attaquer une belle descente sablonneuse ! Au loin une dune qui ne paie pas de mine mais semble juste vouloir t’engloutir. Je ne me laisse pas intimider, fond de quatre ! Ça grimpe, le sable absorbe toute la puissance mais ça passe ! Amaury va s’y reprendre à trois fois. Ça commence fort. On s’attendait à une simple piste bien caillouteuse le long de la voie de chemin de fer et c’est 450 km d’enduro du Touquet qui nous attend. Le plus dur reste de faire « sortir » la moto du sable et de prendre de la vitesse! Et ensuite porter le regard au loin, pour choisir ses dunes, ses appuis, éviter cette herbe à chameau ou au contraire s’en servir pour rebondir! Essayer de deviner les endroits porteurs matérialisés par une couleur différente, ce qui nous permet de passer éventuellement la trois et de soulager le moteur!

Km 137, il se passe un truc bizarre ! J’ai l’impression d’être attaché à deux élastiques qui me freinent dans mon élan. Curieux le sable n’a pas l’air super mou et je suis loin de la réserve. J’espère que le moteur n’est pas en train de perdre de la puissance ! J’en remets une louche, ce bon vieux V2 repart … avant de s’étouffer ! Je tente la position « réserve » et là, miracle tout fonctionne. Enfin quand je dis miracle, à ce rythme là (12 litres aux cent dans le sable) il va en falloir un de miracle, pour boucler les 340 km qui nous séparent encore du prochain poste essence. En plus, j’ai l’impression d’avoir laissé le starter depuis le départ de ce matin! Je ne dis rien à Amaury de toute façon, faut avancer. On bascule les 10 litres de nos jerrycans de secours dans nos réservoirs en comprenant pertinemment que ça ne suffira jamais!

Bon là, ça pue franchement! Va falloir trouver des solutions ! On s’arrête auprès des rares tentes que l’on aperçoit, à la rencontre de blacks aux yeux injectés de sang, cassant inlassablement cailllou après caillou pour trouver de l’or ! Ils nous indiquent que nous pourrions peut-être trouver de l’essence au prochain village ! 18h00, on arrive à un groupe de cases qui semble toujours abandonné. On trouve malgré tout quelqu’un qui nous explique que l’essence est très rare, tout fonctionnant au gasoil. Et que, quand bien même quelqu’un en aurait, celle-ci est tellement précieuse qu’il est possible que cette personnesouhaite la garder pour lui !

Il nous propose quand même de nous emmener à 7 km de là chez une connaissance susceptible d’en avoir. Pour économiser de l’essence, nous y allons dans sa Mercedes hors d’âge! Il n’y a que 7 bornes mais le mec se croit en pleine spéciale, remarque j’hallucine! Sa mercos de 205.000 km flotte comme un tapis volant. Les vitesses passent nickel, pas un bruit moteur ni même châssis. Mais pas d’essence ! Au retour, le type heurte une pierre, le pneu est fendu. Mal à l’aise avec la situation, nous lui lâcherons le prix d’un pneu neuf. On décide de dormir sur place. Mais un peu plus tard, dans la nuit noire, le type revient et me demande de le suivre à pied !

Il m’emmène dans une maison et me présente à un patriarche qui me montre un immense bidon jaune. Sourire, joie, foi en Allah. Il doit bien y avoir 6 ou 7 litres, en roulant souple ça devrait le faire. Je tourne la tête d’un quart de tour et là, vision d’horreur. Dans l’encadrement d’une porte e dans la lueur blafarde d’une pièce, une grand black débite en tranche une bestiole. Chèvre ? Dromadaire ? Tout me semble rouge vif, il y a des petits morceaux de viande partout qu’il emballe dans des sachets plastiques! Il me sourit. Bon ! Soit ! On commence à transvasé l’essence de son bidon vers le mien à la lueur de ma lampe frontale! Un peu décontenancé par ce que je viens de voir, je tourne la tête vers le boucher ou le bourreau, je ne sais plus bien! Ce qui a pour effet de mettre le vieux qui transvase l’essence dans le noir et d’en mettre partout ! Et merde, c’est des km en moins ça. Je me concentre, on vient à bout du transfert, finalement il doit bien y avoir 7 ou 8 litres. Je demande le prix. Le vieux me dit 5.000 Ougiyas! 5.000 ? 120 euros ? Putain, OK, on est en situation de faiblesse mais là c’est carrément abusé !

J’hésite, je fais la moue en espérant un petit discount ! Rien ne vient, je finis pas dire: « de toute façon, je n’ai pas le choix ». Et là, « The Butcher » aux mains ensanglantées me fixe, découvre un large sourire et répète : « non tu n’as pas le choix ». Heu, ok, j’ai pas le choix. Je sors l’oseille et compte jusqu’à 50. Un, deux, trois … billets de sang … heu non, je veux dire cinquante billets de cent! Je sais plus où j’en suis moi. Le vieux regarde la thune que lui tends et fait la moue. Il me fait tendre les mains. Putain, je me suis trompé, il y en a pas assez, je l’ai offensé, ils vont m’en trancher une et s’en faire une tajine (ils font des tajines avec tout ici). Il me rend tous les billets un à un … pour m’expliquer que j’ai donné dix fois trop. Il y a les anciens et les nouveaux Ougyias. Comme les anciens et les nouveaux francs dans les années 70. Quand un mec te réclame 5.000, tu donnes 500. Cooollll ! Je préfère ça! Je reprends ma thune, le remercie je sers la louche à tout le monde, sauf au grand black parce qu’il est toujours en train de débiter des morceaux de viande avec son immense couteau ! «C’est pas que je m’ennuie mais à la revoyure hein ».

Je sors et traverse à nouveau le pâté de barraques délabrées et ensablées, l’air un peu con mais heureux d’avoir trouvé ce qui pourrait bien nous éviter une sacrée galère ! On pose notre campement un peu à l’écart, on sort deux boîtes de sardines, un peu de pain, deux bananes et un plat lyophilisé et on fait ripaille. 21 heures, le dernier des trois trains de la journée passe sur la voie de chemin de fer. Quatre énormes phares le précédent, le bruit est sourd, caverneux, envahissant, témoignant de la puissance produite pour arracher cette colonie de wagons ! Les trois motrices s’éloignent, il ne reste plus que le vacarme métallique des roues et boggies qui claquent sur les rails dans un nuage de poussière. Surréaliste ! On dirait un train fantôme ! Deux boules quiès, je me glisse dans mon duvet en repensant au boucher et au train fantôme tandis que le vent du désert se lève et vient faire claquer la toile de ma tente ! Bonne nuit les petits !

À demain …

Remerciements
– Toute l’équipe deHorizon Moto 95pour l’achat et la préparation des motos.
Amaury Baratin mon compagnon de route.
– Olivier Destin (co boss de Horizon Moto 95) et Optimark pour la déco des motos.
– Philippe Trail-Rando (Phillipe et Henri-Pierre) pour les précieuses traces off-road.
– Les équipements de l’aventure:
– Shoei VFX-WR
https://www.shoei-europe.com/uk/news/new-vfx-wr
– Veste Rev’It Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/jacket-cayenne-pro-41420.html…
– Pantalon Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/…/trousers-cayenne-pro-44117.htm…
– Gants Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/gloves-cayenne-pro-40083.html…
– Nouvelle collection Rev’It à découvrir sur :
https://www.revitsport.com/en/adventure-world/
– Sw Motech pour les sabots moteur, les sacs et les protège leviers
https://sw-motech.com

Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 – épisode 6 Entrée en Mauritanie / Boulanouar / Choum par la piste.

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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