Aujourd’hui, rien. Enfin si : 400 bornes de bitume (faut qu’on avance) et une centaine de piste dont 50 de nuit dans des chemins hyper trialisants à flanc de falaise du côté de Plages Blanches. Tout ça, c’est la faute au temps. Au temps qui a bouffé ma madeleine de Proust (tu sais ces petits moments de réminiscence ton enfance ou pas, une odeur, une sensation qui ressurgissent sans que tu t’y attende) ! Bref, à cause de cette madeleine, je tenais absolument à venir ici, à Foum Assaka. Trois ruines posées là, face à l’océan Atlantique entre Agadir et Tan Tan.

Assieds toi, je te raconte. Imagine toi avoir fait Paris/Belfort sur une Honda 400 XR (la CRF de l’époque) en plein hiver, puis Belfort /Agadir en 4 x 4 pour entâmer des recos et tracer un nouveau parcours pour Trail Rando. Il fait nuit, ça fait quatre jours qu’on roule sous la pluie et par un froid de gueux (même au Maroc c’est possible) nous guidant à la carte et à la boussole. Philippe mon pote d’infortune a pour habitude de ne pas manger et de ne jamais s’arrêter ! Éventuellement un bout de pain et une orange, au moins t’es sûr d’en trouver partout et de ne jamais être déçu!

Mais moi, au bout de quatre jours de ce traitement, je sens mon petit corps défaillir ! Encore une saloperie d’oued bien gonflé par les pluies à franchir. Ni une, ni deux, je prends mon élan et finis à plat ventre au fond de l’oued. Trempé, transi de froid, tout comme les fringues et le duvet qui sont d’ailleurs dans mon sac à dos. Ne rien dire, aller jusqu’au bout de soi … sauf que je sens qu’on est bien au bord là. Du bout du moi. Devant nous, une falaise et 20 mètres en contrebas, l’Atlantique qui gronde ! Un improbable chemin accroché à flan de falaise nous ouvre les portes de la plage. Ok mais pour quoi faire ? Un pêcheur vient à notre rencontre et nous propose l’hospitalité… dans sa cabane sans toît! Ok, Allah est grand mais là, je commence à bouillir … malgré le froid, je sais pas si tu me suis ! On remonte sur les meules pour faire 20 bornes plein nord sur la plage et tomber sur l’oued Noun , lui aussi gorgé d’eau. Sans rire, à la lueur de nos phares faiblards, on dirait la puissance du Zambèze ! P…., j’ai envie de craquer !

Providence, un autre pêcheur vient à notre rencontre nous indiquer où franchir l’oued. Ça passe ! Et alors on fait quoi maintenant ? On grimpe à nouveau la falaise pour tomber sur un groupe de 3 maisons. Il est 23 heures, le supplice a assez duré. Sort un type qui nous propose de passer la nuit chez lui ! Non pas dans une chambre, dans une pièce commune où dorment aussi les enfants et les grands parents ! Je me glisse dans mon duvet trempé, tente de faire abstraction de complaintes dont je ne saurais jamais si elles étaient des incantations ou de la souffrance, pour tenter de fermer un œil. Et là, tu sais quoi ? Il me tombe une première goutte sur le visage, la maison n’est pas étanche, je me suis installé au seul endroit où il pleut.

Et bien sache que cet instant est resté pour toute ma vie mon point de repère, mon étoile du berger, mon niveau 10 sur l’échelle de Richter de ce que mon caractère pouvait supporter. Depuis, chaque fois que je vis un moment difficile ou inconfortable, je repense à ce moment qui, toute proportions gardées, avait failli venir à bout de ma raison.
Mais je voulais aussi venir à Foum Assaka pour conjurer le sort puisque la deuxième fois que j’y suis passé, je m’y suis cassé le poignet (double fracture têtes de radius et cubitus, 6 heures pour rejoindre une clinique à Agadir) lors du franchissement d’une dune cassée suivie d’un fond plat dur comme du béton. Et puis, Foum Assaka, c’est quand même 20 bornes de plage à fond, façon Touquet ou Lac Rose. C’est pas rien comme symbole dans notre périple ! Autant de raisons de ne pas rater cet endroit !

Voilà pourquoi j’ai dû bien saouler Amaury avec ma Madeleine de Proust et mes souvenirs à deux balles ! On est arrivé face à la madeleine. Enfin face à la mer quoi. Elle était haute. Les dunes avaient disparues et avaient été remplacées par un groupe de maisons sans charme et pas vraiment finies d’ailleurs. On a attendu que la marée baisse. Limite tombée de la nuit, on s’est élancé sur la plage pour … 800 mètres de course folle … mais courte! Bah ouais, le coefficient de marée n’étant pas assez fort, nous n’avons pas pu contourner un rocher!

Un poil amer, jurant que je n’avais pas rêvé, que c’était normalement magique, on a repris la piste. De nuit, caillouteuse, cassante en haut de la falaise, en direction de Plages Blanches. A la lueur des phares, on s’est retrouvé à placer nos roues au millimètre près dans des grimpettes hyper trialisantes. Pour ne rien gâcher, j’avais décidé de faire le plein des réservoirs et des jerrycans de secours, histoire de voir comment se comportent les motos en off road avant la Mauritanie. Ben, sans surprise ! C’est plus lourd. Comme quoi les mathématiques, y’a rien de plus simple.

Bref, t’imagines la gueule de la Madeleine de Proust auprès d’Amaury. Au moment où j’ai cru qu’il allait me dire « mytho », la piste s’est approchée de la mer et là … « Quoi là ? ». « Bah là, Regarde. La plage, le Touquet, le Lac Rose » j’ai dit à Amaury. On a franchi quelques galets, posé nos roues sur un sable bien porteur. Et on a roulé, de nuit, 15 bornes,sans rien voir, mais je te jure que c’était beau! Jusqu’à ce qu’on sente nos roues s’enfoncer dangereusement , que l’on croise un oued et que l’on se dise qu’il était temps de s’extirper de là car la marée montait.

21h00, la Madeleine de Proust commençant à sentir le rance et le roussi, j’ai proposé à Amaury de poser nos tentes là, au pied des dunes et de la falaise. Seuls, face à l’océan ! On a dressé là campement et j’ai fait bouillir de l’eau pour verser dans des sachets de bouffe lyophilisée ! Sacrée lune de miel. A ce propos, tous ces sachets sont tout simplement immondes (comme le dit Amaury, méfie toi des goûts trop prometteurs, c’est juste impossible) mais surveille aussi leurs propriétés. Certains ne font que 500 calories, d’autres 2.000. Quand ton dernier repas date de la veille (et c’était le cas) ça peut compter ! J’ai fait un brin de toilette (notre stock de 5 t-shirts/5 caleçons est déjà épuisé), mis du déodorant sous les bras (senteur pins des landes) mais on aurait quand même dit un mec qui aurait chié derrière un sapin. On s’est dit bonne nuit pour s’endormir sur un matelas trop petit, chacun dans notre tente. La mienne étant ballottée par le vent. Le tout en repensant à cette seringue que je venais de voir traîner dans le sable et à l’immense palace de Qatari qui nous surplombait au milieu de nulle part ! Bah ouais, tu crois quoi ? Que les aventures c’est toujours merveilleux ? Qu’une Madeleine, fût-elle de Proust, serait sans date de péremption ?

Remerciements
– Toute l’équipe de Horizon Moto 95 pour l’achat et la préparation des motos.
Amaury Baratin mon compagnon de route.
– Olivier Destin (co boss de Horizon Moto 95) et Optimark pour la déco des motos.
Philippe Trail-Rando (Phillipe et Henri-Pierre) pour les précieuses traces off-road.
– Les équipements de l’aventure:
– Shoei VFX-WR
https://www.shoei-europe.com/uk/news/new-vfx-wr
– Veste Rev’It Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/jacket-cayenne-pro-41420.html…
– Pantalon Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/…/trousers-cayenne-pro-44117.htm…
– Gants Cayenne Pro
https://www.revitsport.com/en/gloves-cayenne-pro-40083.html…
– Nouvelle collection Rev’It à découvrir sur :
https://www.revitsport.com/en/adventure-world/

Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 – épisode 4 Tata/Tafraoute/Plages Blanches

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Paris/Dakar par les pistes en Honda 600 TRANSALP de 1996 | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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