Yes ! Tous ces kilomètres n’auront pas été vains ! Nous allons enfin rencontrer Larissa puis Feliciano, deux enfants opérés par Mécénat Chirurgie Cardiaque !

Mais avant, faut quand même que je te raconte ! Ce matin on avait d’abord rendez-vous avec l’ambassadeur français au Togo, à Lomé! Si c’est possible. L’histoire est simple: Guy est le référent français de Mécénat Chirurgie Cardiaque, au Togo. Sa femme, Christine, travaille à l’ambassade. Et l’ambassadeur est hyper bienveillant pour l’obtention des visas pour les enfants à faire opérer en France. Quand il a appris notre passage , il a voulu nous rencontrer. Sur le carton d’invitation, y’avait marqué: « tenue décontractée ». Ben … de toute façon, je t’avoue qu’il n’y avait pas vraiment le choix puisqu’on avait pas prévu le smoking. C’était soit short, soir tenue de moto. On a choisi tenue de moto assortie de ses bottes et de son casque avec une touche de latérite !

Je te préviens tout de suite, non, y’avait pas de Ferrero et non, j’ai pas piqué les petites cuillères en argent. Monsieur l’Ambassadeur, si vous nous lisez, je vous jure que c’est vrai. On est arrivés un peu en avance mais l’étiquette veut que lorsqu’il t’invite, son Excellence t’accueille lui-même ! On a donc attendu qu’il arrive ! Une immense porte métallique blindée s’est finalement ouverte donnant sur un sas. Contrôle avec un miroir sous nos motos ! Amaury imite le bruit de la poêle à frire qui bipe, ça fait marrer le mec ! Une deuxième porte blindée s’ouvre pour nous laisser pénétrer … en France! Une splendide demeure de style colonial où batifolent coq et pintades dans un grand jardin ! La classe à la française !

Monsieur l’ambassadeur nous accueille chaleureusement sur le perron et nous amène de suite au salon pour … l’apéroooooo ! Monsieur l’ambassadeur étant un grand amateur de rhum, on trouve rapidement un compromis … autour d’un truc qui tue! J’aime bien la diplomatie moi aussi. Amaury demande un coca. Là, on a frôlé l’incident diplomatique mais bon il a quand même pioché dans les cacahuètes alors c’est passé ! Hyper curieux, Monsieur l’Ambassadeur nous submerge de questions. Juste avant le déjeuner, le plan de table nous est présenté! Amaury à gauche de l’ambassadeur et moi à sa droite. Guy et Christine en face.

Au menu: mises en bouche, salade niçoise, pavé de mérou au beurre d’orange et purée de carottes au lait de coco, confit de mangue façon Melba accompagné d’un petit chablis et d’un Ferry Lacombe Haedus 2017. Slurp, je vais essayer de pas y mettre les doigts … car de là où on vient, on a presque pris l’habitude.

Juste après l’entrée, l’Ambassadeur s’est éclipsé! Je t’explique : y’a un peu le feu parce que les togolais soupçonnent l’ambassadeur américain de vouloir influer sur les élections qui ont lieu demain. L’ambassadeur allemand débarque pour en discuter. Les deux ambassadeurs s’isolent. Perso, j’aurais bien proposé un autre apéro/rhum pour régler tout ça mais je ne fais jamais que débuter en diplomatie ! Alors je l’ai pas ramené … pour une fois !

15h00, nous quittons monsieur l’Ambassadeur pour aller voir Larissa chez elle dans les faubourgs de Lomé. A ses trois ans, Larissa a bénéficié de la fermeture de son canal artériel par Mécénat Chirurgie Cardiaque et est aujourd’hui complètement guérie. J’ai évité les questions bien lourdingues, du genre : « alors t’es contente de t’être faite opérer en France? » Pour plutôt l’écouter. Pas simple non plus, la gamine est super timide et on la comprend: deux blancs qui débarquent en moto pour la mettre dans la lumière, pas simple de gérer.

Ensuite, on est allé à moto à son école, avec le casque d’Amaury sur la tête. Je pense qu’elle est persuadée d’avoir fait un coup de soucoupe volante, mais que, quand même les soucoupes volantes, ça pue les pieds (Amaury a la tête qui pue les pieds). A l’école, Larissa était limite de se mettre derrière ses copains/copines pour qu’on ne la repère pas trop. On sent que ses problèmes de santé et d’opération l’ont quelque peu inhibée. J’ai posé plein de questions à ses camarades mais en repartant, je n’ai embrassée qu’elle! J’ai eu un petit pincement au cœur de partir si vite. A Cotonou, c’est Feliciano, un jeune béninois de 16 ans, lui aussi opéré en France par MCC, que nous avons rencontré. Il sera plus espiègle et prolixe.

Mais , en fait, ce que j’ai surtout retenu, c’est que ces deux enfants n’étaient pas comme les autres, avant l’opération. Ils ne pouvaient pas courir, jouer avec les autres (le docteur pensait au début que Larissa faisait tout simplement de l’asthme). Aujourd’hui, ils ont enfin une vie normale, avec en prime un immense sourire. J’ai aussi retenu la souffrance de leurs parents de ne rien pouvoir faire pour leur enfant avant l’intervention de MCC. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est également la détresse du personnel médical là-bas. Rockya
Sory , cardiologue a Cotonou, s’avouait désespérée de ne pas avoir la technologique sur place, ni les compétences pour faire opérer des enfants voués à une mort certaine. Enfin, énorme coup de chapeau à tous les bénévoles (Guy, Chrys, Karen) qui œuvrent en silence mais dans la plus grande des humanités. Je t’embête pas plus avec mes états d’âme, je voulais juste te remercier encore pour cette belle collecte et au nom de ces enfants !

Sinon, avec Amaury, avant de repartir de Cotonou au Bénin , on a réuni l’état major car l’heure était grave:
 » Oui Capitaine Cochet, je vous écoute? « .
 » Bah c’est un peu le bordel commandant Baratin. Y’a Boko Haram qui fait rien que de foutre le souk au Nigéria. Ha oui, et y’a aussi pas mal de coupeurs de route qui vont vouloir nous détrousser. »
« Et du coup, on fait quoi capitaine Cochet ? ».
 » Bah, on fait pas les malins. On se planque, on se fait tout petit, on se déplace à la vitesse de l’éclair, on ne dit jamais où on va, on est furtifs ».
 » OK! On va aussi planquer la thune derrière le cache latéral droit de la Ténéré 700 (c’est malin, maintenant tout le monde le sait) dans des sacs étanches. On va juste garder 200 euros sur nous, histoire de les satisfaire. »

Pendant que j’écrivais ces quelques lignes, le commandant Baratin est allé choper quelques infos sur l’application des voyageurs « IOverlander ». La frontière sud avec le Cameroun est fermée pour cause de heurts avec les camerounais anglophones !!! Pas de bol, c’est la frontière la plus proche, on va devoir faire un détour de 800 kilomètres vers le Nord, vers une frontière qui semble plus « abordable ». Ce choix n’est pas non plus idéal car nous avons 200 kilomètres un peu tendus à parcourir entre Takum et Katsina Ala où semblent avoir eu lieu pas mal d’agressions.

Sur iOverlander, un commentaire d’un voyageur ayant séjourné dans un hôtel indique ceci: « personnel très agréable et chambres hyper propres… dommage que quelqu’un soit entré dans la nuit pour assassiner une femme dans une chambre et tout le personnel… ». Je te raconte ça premier degré, prends le tel quel. N’y vois aucune fanfaronnade de ma part, ni excès de confiance. Pour descendre jusqu’à Capetown, on avait pas trop le choix donc on va essayer de faire au mieux.

C’est comme ça qu’un midi, et on est entrés au Nigeria, plutôt impressionnés ! Pourtant, côté Nigeria, ça ressemble à toutes les frontières.. Presque en mieux car il y a peu de trafiquants! On ne nous assaille pas pour nous vendre des cartes SIM ou changer nos euros. Rien ! On mange un ananas, on fait du change, on fait le plein, direction Ijebu Ode. Et là, énorme baffe.

Je pensais avoir vu le pire à Nouakchott en Mauritanie mais ici, tout est cassé. Tout, absolument tout : les maisons, les gens, l’air, la végétation ! Les routes sont jonchées d’épaves de camions et de voitures meurtris, blessés, éventrés, broyés, mâchés, cassés quoi ! Certains petits malins en profitent pour faire croire qu’il viennent d’avoir un accident et attendent que vous vous arrêtiez… Partout, on circule dans des nuages noirs de fumée et de pollution, d’odeurs improbables, le tout par 41 degrés !

Les barrages de contrôle sont partout, parfois trois en moins d’un kilomètre. Tous sont armés sans avoir vraiment l’air d’en connaître le maniement, ni l’utilité. Beaucoup ont l’air surexcités, les yeux rougis ou hagards. A se demander à quoi tournent-ils ?

Mais aussi comment peut on posséder autant d’armes et armer autant de gens qui ont l’air aussi peu fiables ? Partout les billets circulent de main à la main, allant de la main de l’usager routier à la poche du treillis des flics dont on ne sait pas s’ils en sont réellement. De notre côté, nous faisons mine de ne pas comprendre ce qu’ils veulent. De toute façon, globalement, leur anglais est incompréhensible et leur façon de demander un cadeau terriblement maladroite ! On s’en sort plutôt bien en filant des autocollants ou des nougats à des types armés qui se comportent comme des enfants de 8 ans au salon de la moto !

Sans vraiment se concerter, on a décidé d’une conduite à tenir. A l’entrée de chaque ville/village, une corde est tendue. Là, bizarrement, la corde tombe à notre arrivée. Pas besoin de s’arrêter. Ailleurs, des chicanes sont improvisées avec des billes de bois ou des sacs de sable. Quand on n’aperçoit pas d’uniforme, on tourne la tête de l’autre côté, genre « ha ben, on vous avait pas vu ». Ça marche… souvent! Mais pas tout le temps! On a dû une fois se justifier de notre non arrêt au poste suivant. Lorsqu’ils captent malgré tout notre regard, pour ma part, je lève haut la main en pacificateur et lance un « Hello! » bien fort, en espérant que cela suffise. En cas d’uniforme et de kalacknikov, on s’arrête ! Notre progression est lente et stressante.

Nous essayons de nous relayer régulièrement en tête de notre convoi de deux. Ouvrir la cordée est épuisant. Pas pour la navigation, mais à chaque contrôle, il faut garder la même bonne humeur, la même intonation enjouée, la même envie. Les mêmes explications. J’allais te dresser ce portrait détestable du Nigéria lorsque, d’un coup, le goudron a disparu. Pour laisser place à une piste. Là, un ultime contrôle à la Kalachnikov, nous affirme que la piste ne va pas à Gembu, dernière ville avant la frontière avec le Cameroun. On insiste, on nous laisse passer.

La piste est large mais ravagée par la saison des pluies. D’immenses ornières et du fesh fesh de latérite. Puis la piste se resserre. Plus aucun contrôle. La piste devient monotrace. Au début, on se marre. La piste est difficile mais ça passe … jusqu’à devenir juste infernale, voire complètement impraticable avec de grosses marches et des pierres roulantes. Par deux fois, je vais chuter. Les forces me manquent, je n’arrive plus à tenir la moto et ses 270 kilos avec nos bagages et les pleins. On persiste. La piste se réduit au point de n’être plus qu’une seule ornière où viennent frotter, de chaque côté nos sacoches latérales. Je n’ai plus aucune force, je ne fais que des conneries.

La sagesses l’emporte, nous faisons demi-tour jusqu’au village précédent. Zongo Mata … coupé de tout. Absolument aucune voiture ne peut venir ici. Pas d’école, pas d’hôpital, pas de boulot, rien. Juste une source et quelques cultures qui permettent de survivre. Le chef du village nous emmène chez lui. Une petite cour entourée de quatre cases, où nous plantons notre tente. La curiosité l’emporte, tout le village est là. On nous emmène à la source pour faire le plein d’eau avec des pastilles micropur. Et découvrir des plantations de palmiers sous serres pour éviter qu’ils germent et produisent de petites baies rouges. On mange sous les yeux ahuris de nos hôtes. A l’heure du coucher, le chef du village nous lance un « good night, I love you! ». J’en tombe sur le cul.

A 5 heures du matin, heure où les femmes commencent à préparer le feu et à manger pour la journée, même chose: « hello, I love you ». Le Nigeria que nous découvrons passe d’un coup, juste devant la Guinée, sur le plan de la surprise. A croire qu’ils sont touchés par la grâce bouddhiste. Tout le monde nous accueille avec des « have a safe journey » et nous salue en joignant les deux mains. Le moindre arrêt est prétexte à une photo. Tous veulent être sur nos images, sans absolument aucune contrepartie. C’est tellement zen que j’ai l’impression d’être en Mongolie ou en Inde. Je te promets qu’il n’y a pas une seule personne, un seul enfant, une seule femme que je n’ai pas salué sur notre chemin. J’ai lâché le guidon plus de la moitié du chemin. Certes notre passage est éclair, ils ne nous voient tout au plus que quelques secondes mais je sais que l’empreinte que nous laissons pour de pourtant improbables futurs voyageurs, sera durable.

Nous reprenons notre chemin de croix. 15 kilomètres en 4 heures. A pousser, tirer, hisser les motos. Ce n’est plus de l’enduro mais du trial. Mais comme à chaque fois qu’en Afrique, tu as l’impression de faire un truc de fou, tu croises une mob, chargée de dix bidons d’essence de 25 litres, soit 250 litres !!! De véritables bombes humaines que les mecs emmènent avec une incroyable dextérité. Avec toujours la même question à notre égard « How is the road? ». Comment trouvez-vous la route ? On ose à peine leur répondre que cette souffrance nous plaît. Eux la vivent tous les jours avec l’espoir, un jour … d »avoir une vraie route pour que tout soit … « cassé » comme ce que nous avions vu avant de débarquer ici. Je ne sais pas comment leur dire, ni même si ça a un quelconque intérêt. De même, je ne t’incite pas à prendre un quelconque risque pour traverser le Nigéria, mais écoute bien une seule chose: les campagnes, le peuple, le vrai peuple nigérian n’a rien à voir avec toutes ces infos polluantes que l’on retrouve partout à la télé. Les Nigérians sont touchés par la grâce et nous avons été touchés par leur grâce !!! Maintenant, direction le Cameroun.

Kap2Cap en Ténéré 700 épisode 13

Lolo
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- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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