Le confort nous a happé et … on s’est un peu oubliés sur le réveil ! Kémo Condé, Directeur général de la supervision des institutions financières en Guinée qui nous héberge (je te le rappelle) semble être pressé. Il doit également préparer les élections législatives du premier mars prochain dans plusieurs circonscriptions. Mais avant cela, il tient à nous préparer un café.

Un vrai, un expresso, avec une vraie machine. J’ai les yeux qui brillent, ça fait deux semaines qu’on boit cette saloperie de café soluble. Bon, OK, son café n’est pas super écologique car il faut démarrer le groupe électrogène pour stimuler la machine. Sans compter que le café Nespresso, il a du faire un aller/retour en Europe.

Et avec le nespresso ? Bah du riz et encore du riz. Ce matin là, j’ai senti mon estomac se verrouiller. Le microbiote a commencé à se poser des questions? En bas, tout au fond, les mecs (bactéries, archéens, fungi et tout le reste) se sont regroupés ! Ils ont mis un gilet jaune et se sont gentiménent réunis autour du rond point de la rate, du foi et de l’estomac. « Oui, alors bon, ça suffit maintenant. Avant on avait bière haribo tous les soirs, depuis une semaine, c’est riz/bouillie de riz. Et pourquoi pas patates/purée pendant qu’on y est. Allez hop, on fait grève. » Et le fait est que j’ai commencé à sentir mon pantalon glisser sur mes hanches. Tu vois, y’en a qui essaient tous les régimes: Ducan, Ducon … bah nous c’est Decan. Decan ? Estcequonmangepourdevrai ?Et ça marche super bien.

Ne va pas croire que je n’aime pas ce que l’on mange, c’est juste que, à leur corps défendant, c’est assez répétitif. D’ailleurs, la Côte d’Ivoire de ce côté là, sera plus proche de nos goûts que la Guinée. Pas mal de petites salades, de légumes et une semoule délicieuse, l’attieké (putain si nos meufs lisent ça, on va en prendre pour dix ans de l’attiéké!). Du poisson de rivière. Mais aussi plein d’abats, comme les rognons. J’ai aussi vu des mecs en bord de route nous présenter à bout de bras, un truc qui ressemblait à un rat. Un peu moins gros mais plus long. Bon allez, j’arrête de te faire saliver, de toute façon, un raid comme ça, c’est pas fait pour bouffer.

Avant de prendre congé de Kémo Condé, mon éducation et ma bien pensance m’ont fait demander: « que vous doit-on ? « . Kémo a souri et d’une voix tranquille a dit: « mais, c’est moi qui vous doit quelque chose. Mon accueil était-il à la hauteur ? ». Grosse gifle dans ma tronche. L’accueil du voyageur est ici sacré. On a remercié comme on a pu (pas simple de trouver les bons mots après une telle sentence) et on a filé au village mettre de l’essence vendue en bouteille. Vu le dépôt au fond de ces dernières, façon Chateau Lafitte de 1912, j’ai conseillé à Amaury de remettre ce foutu filtre à l’entrée du réservoir. Je dis foutu car une fois en place à l’entrée du réservoir, il faut des heures pour faire le plein à chaque fois. Et on a repris la piste.

Je sais que t’as pas envie d’y croire mais cette fois-ci, sur la piste, y’avait carrément plus la place pour nos sacoches. Un joli sentier monotrace qui passe de l’appui gauche à l’appui droit en permanence. Des marches, des pierres, du sable et de hautes herbes sèches qui ne cessent de fouetter nos sacoches. Et cette Ténéré 700 qui nous régale dans cet exercice. Ça fait maintenant quatre jours qu’on ne fait plus vraiment du trail, mais de l’enduro.

On croise un type en mob qui porte un uniforme de l’armée et qui semble vouloir me dire quelque chose mais … trop tard. On est déjà passés. Ça aussi, le « trop tard » je le fais super bien, ça évite parfois de perdre trop de temps en palabres. Sur certains contrôles routiers, j’arrive à me planquer derrière un camion et à me glisser, ni vu ni connu en même temps que lui, dans le flot. Je le fais pas pour gruger, c’est juste qu’ils sont tous hyper curieux et veulent souvent un selfie ! Sauf que là, au village suivant nous attendent les militaires. Le trouffion nous conduit auprès de son gradé. Un mec immense, à la mine carrée. On entre dans son bureau. On s’assied. Pas un bruit. Silence ! Le mec relève la tête, me fixe et me dit d’un ton sec « présentez-vous ».

Je sais plus si je suis à l’armée, à l’école ou chez les flics parce que j’ai fait une connerie. Je m’exécute en choisissant le ton du cadre dynamique en recherche active d’emploi. Peut-être pas me plus approprié à la situation. Mais bon. Le gars inspecte nos documents sous toutes les coutures. Et pose quelques questions en guinéen à son « trouffion ». Sauf que dans les questions, y’a toujours un mot français qui traîne. Du genre « bagages ». Merde j’espère qu’il va pas tout nous faire défaire. Et puis avec tout mon bordel vidéo, je redoute toujours de me faire emmerder. Il demande à voir les motos. On sort. Il nous fixe et nous dit « vous pouvez y aller. » Il me sert la main super fort et finit par … se marrer franchement. Putain de technique de Sioux juste pour t’impressionner. Pour jouer le jeu, je l’ai salué d’un « bonne journée, mon commandant » et j’ai cru qu’il allait se mettre au garde à vous tant il a kiffé !

A force de suivre ce sentier, on a fini par buter sur la frontière. Dans un tout petit village. Le douanier était bien là. Enfin façon de parler car il n’avait pas d’uniforme et de toute façon, le chef était parti ailleurs, avec le tampon dans ses poches. Pas trop regardant sur le process, on l’a invité à tout simplement signer et dater nos carnets de passage en douanes. Ce qu’il a fait. Un peu plus loin, l’armée guette la frontière et nous explique qu’ici, on arrivera jamais à franchir le fleuve. Le pont est cassé et la hauteur d’eau est trop importante. Non, nous devons longer le fleuve sur 5 kilomètres et trouver un passage à gué. De toute façon, le tracteur est passé ce matin, il n’y a qu’à suivre sa trace … qu’on ne trouve pas, On longe, on erre, on se trompe deux fois jusqu’à trouver effectivement des enfants qui jouent dans une hauteur d’eau fréquentable pour nos motos.

On traverse, nous voilà en Côte d’Ivoire … sans absolument aucune existence légale. Nous n’avons pas de tampon de sortie de la Guinée, pas de tampon d’entré en Côte d’Ivoire, pas de carnet de passage de douanes dûment rempli pour nos motos. On n’est pas inquiet plus que ça. On va aller à Odienné, à 80 km de là, régulariser tout ça.

On s’avale 40 de piste, on rejoint le goudron, on tourna à gauche, direction Odienné. Juste avant la ville, un contrôle de police. Passeports et tout le toutim. Le truc s’éternise. Une heure. Arrive une deuxième caisse de flics. Puis une troisième. On explique notre cas à chaque fois. Mais on dirait que quelque chose ne va pas. Soit les types refusent de comprendre, soit y’a un truc qui cloche.

Pour ne rien gâcher, il fait 40 degrés. Les flics m’invitent à me mettre à l’écart, à l’ombre. Pourquoi ? Parce qu’il y a trop de monde ici, des gens avec des armes, tout ça. On ne sait jamais. Le fait est qu’un chauffeur de poids lourds est en train de s’embrouiller avec un flic car il semble que celui-ci lui réclame un bakchich. Le flic a la main sur le pétard mais l’autre continue de l’invectiver, visiblement à raison … Le flic finit par dire « je vais te tirer ». Gloups … Plus d’une heure trente qu’on est là, à attendre que la dizaine de flics qui s’occupe de nous, nous dise ce qu’il se passe. L’un d’eux m’appelle et me pose enfin une question: « mais vous faites comment pour franchir les frontières ? ». Heu, je m’attendais pas à celle-là. « Comment ça les frontières. Vous voulez dire depuis notre départ? ». « Oui vous êtes bien passés par quelque part avant la Côte d’Ivoire et la Guinée ? ». Putain, ça y est je percute.

Les mecs essaient de retracer notre parcours depuis la France, mais, ce qu’il ne savent pas, c’est que nous avons deux passeports. Et qu’ils n’en ont qu’un entre les mains (dans l’autre, il y a les tampons pour le Maroc et la Mauritanie par exemple). Donc ils croient qu’on gruje à chaque frontière et qu’ils sont tombés sur du gros gibier qui vient éventuellement du Mali. Un groupe terroriste armés d’une T700 (c’est une arme mais pas dans ce sens là)! « Attendez, attendez, c’est une méprise, je vais vous expliquer… » je sors mon deuxième passeport.

Pendant ce temps-là, et je te jure que c’est vrai, un autre flic est à l’écart avec Amaury avec, dans sa tête, la même question. Il essaie de résoudre lui aussi l’énigme « comment faisons-nous pour traverser les frontières » et a sa propre idée sur la question ? D’ailleurs, « pour passer de l’Europe au Maroc, c’est quoi ? Une rivière que vous avez franchi à moto. » Amaury a failli tenter un « oui, ça passe à marée basse » mais il a eu un peu peur de vexer le mec.

Les flics finissent par nous demander de les suivre en convoi jusqu’au commissariat d’Odienné. L’affaire se détend. Heureusement car le risque au départ, c’était de devoir retourner en convoi jusqu’à une frontière guinéenne valable pour eux. Amaury file acheter des coca, du chocolat, des gâteaux, qu’on offre à tout le monde. Et c’est reparti pour une séance de selfies. Les plus acharnés vont jusqu’à mettre leur costume officiel. Ouais, j’avoue qu’en Afrique, tu sais jamais qui est flic ou pas. Le mec habillé en camouflage, le gars avec un brassard, le gars en survêtement, le mec à la Kalach ou le playmobile ? L’histoire tourne à la franche rigolade au point que j’ai l’impression de tourner un remake du gendarme à St Trop’. Le pire dans tout ça, c’est que personne, je dis bien personne, n’a jamais vu que nos visas commençaient … le lendemain de notre entrée en Côte d’Ivoire. N’empêche qu’on a perdu notre journée dans l’histoire. Pour le carnet de passage en douanes, on nous demande d’aller régulariser la situation à 200 bornes de là, à Man où … le système informatique sera à nouveau en panne.

Devant notre soif d’aventure et d’off raad, c’est vrai qu’on a été un peu légers sur notre façon d’entrer en Côte d’Ivoire et que ça nous coûte cher. D’autant qu’on avait décidé de ne pas trop s’attarder en Côte d’Ivoire, ni au Ghana, notre objectif étant de rejoindre Liomé au Togo pour rencontrer Larissa, une fillette opérée du cœur par Mécénat Chirurgie Cardiaque quand elle avait trois ans.

Kap2Cap en Ténéré 700 épisode 11

| Ça sent le vécu, histoires vraies, KAP2KAP | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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