La Guinée

J’ai 100.000 choses hallucinantes à te raconter! Pourtant tu sais, en préparant ce voyage j’ai contacté deux ou trois personnes qui comptent, dans le milieu de l’aventure et du voyage ». Histoire d’avoir des infos, des traces, des bons plans, du partage quoi. L’une d’entre elles (cherche pas je ne te dirais pas son nom et de toute façon il n’est pas français) m’a limite « badé », ignoré, me répondant d’un dédaigneux: « l’Afrique par l’ouest ? Just boring « . Chiant quoi ! Ho, merde, putain ! Le projet d’aventure des autres? Même si c’est pas ton kif, tu apportes ta pierre à l’édifice, tu l’encourages, tu le construis. Mais là rien !

Ce que j’en pense ? C’est que le mec a du se gourer de navigateur ou bien de GPS. Certains prennent un TomTom, d’autres un Garmin, moi, j’ai choisi un modèle Amaury dans la gamme Baratin (rigole pas il t’est forcément arrivé de râler après ton gps en disant qu’il racontait que du pipo). Il perd un peu tout, et tout le temps (c’est con pour un GPS) mais globalement, il est étanche (enfin là encore ça dépend de quoi on parle) robuste, et plutôt efficace. Le matin, tu lui dis « je veux pas de goudron, choisis moi que du single track » . Et là, tu obtiens 1.000 kilomètres de dingue en Guinée. Je pense même que j’ai activé l’option « mets nous bien dans les emmerdes » mais j’arrive pas à la retrouver dans le menu pour la désactiver. Pas grave, j’aime bien ça aussi. Les emmerdes.

Bref, ces quatre jours en Guinée ont été une absolue révélation. Je t’ai quitté l’autre jour en te disant qu’on avait planté notre tente dans un petit village et qu’on avait passé une soirée délicieuse en compagnie de nos hôtes non connectés. Sous ma tente, je pensais dormir comme un bébé mais… l’harmattan s’est levé. L’harmattan ? Un vent du nord-est, très chaud le jour, plus froid la nuit. Très sec et le plus souvent chargé de poussière. J’étais content de le connaître mais il a fait claquer la doublure de ma tente toute la nuit et j’ai pas trop bien dormi.

A côté de ma tente , les femmes ont également discuté jusque tard dans la nuit. J’ai pas compris d’ailleurs. Il n’y a rien à faire dans le village, rien ne s’y passe et quand bien même, il s’y serait passé quelque chose dans la journée, tout le monde habite et passe la journée ici. Donc pas la peine d’en débattre jusqu’à minuit non plus. Mais de quoi peuvent-elles bien discuter ? Du sens de la vie sans doute. De choses que mon petit cerveau étriqué et formaté ne peut pas comprendre.

Au petit matin, j’avais donc la gueule fripée. Mais j’étais heureux de reprendre le guidon sur ce sentier muletier qui contourne l’immense pain de suc ! On a refait nos bagages et avec plus de naturel que dans « rendez-vous en terre inconnue », on a dit au revoir à nos hôtes. Simplement. Amaury a juste sorti un petit billet pour que les gamins puissent s’acheter un ballon de foot tout neuf. Moi, j’ai sorti la boîte de pansements car on a frôlé le drame.

Les enfants étaient tellement excités par notre départ qu’ils se sont mis en tête de suivre nos motos et … de s’accrocher au porte-bagages jusqu’à ce qu’une fillette tombe et reste accrochée. Désinfectant, pansement tout neuf, on a fait le boulot, mais on a aussi fait les gros yeux (bah ouais faut savoir se faire respecter des fois) et on est reparti en direction de la ville de Mali. On y a fait un petit dej très rapide (omelette dans le pain avec mayonnaise et oignons) avant de filer vers Mamou. Au passage d’un petit village nommé Fougou, un type nous interpelle. C’est le maire du village et il a l’air super doué en communication.

Il me dit que son village s’appelle Fougou. Je lui dis que « fugu » en japonais, c’est le nom d’un poisson dont le foie est mortel au Japon. Ses yeux s’écarquillent en grand et il me dit: « on a eu la télévision japonaise il y a quinze jours. ils sont venus voir l’homme le plus vieux au Monde. Ibrahim Telima. Vous voulez le voir? » Bah, on voudrait pas le déranger pendant sa sieste non plus hein. On a circulé entre quelques cases et on est arrivés devant une maison où on nous a fait asseoir sur des chaises en plastique et demandé d’attendre.

Putain, ça m’a foutu la trouille. Je savais pas à quoi ça pouvait ressembler un mec de 126 balais. Je déteste les films sur les momies, les morts vivants et tous ces trucs là. La porte s’est ouverte et on a vu sortir un type, certes âgé mais qui marchait seul. Oui seul ! Il s’est assis, on a sorti trois banalités que tu vois dans tous les reportages télé sur l’homme le plus vieux du monde ! Du genre: « la santé ça va ? ». « Et vous comptez vivre jusqu’à quel âge ? ». « Vous avez du enterrer toute votre famille, non ? » et on s’est cassés. Faut dire qu’on est pas trop visite de monuments historiques avec Amaury.

On a filé sur Mamou puis Kankan. Et c’est là que les choses ont commencé à se tendre un peu. En tous cas dans notre cerveau. Kankan est bien à l’est de la Guinée, pas très loin du Mali. Il y règne une atmosphère particulière. La ville n’est quasiment pas éclairée la nuit, enfumée, polluée et on nous a conseillé de ne pas trop traîner. Ce qu’on a fait. Enfin presque puisque Amaury est parti changer de la tune sur le marché noir ! Changer de la tune en pleine nuit, une bonne idée à la con. Faut croire qu’il lui restait quand même un peu de connexion satellite, puisqu’il a finalement décidé de se rabattre sur un distributeur automatique à côté d’un garde.

Dans un hotel soit disant réputé, on a bouffé notre plus mauvais poulet jusque là, on a dormi et on s’est cassés le lendemain. En direction de la frontière avec la côté d’Ivoire. Tu sais, toujours avec le mode « maximum d’emmerdes » enclenché sur le GPS. Sur la piste, on a commencé à se faire arrêter par la gendarmerie routière. Je ne sais pas pourquoi mais comme une sensation, un étrange sentiment. Un ton plus sec, plus affirmé. On ne plaisante plus ici. Tout est en règle, on nous a laissé repartir. La piste, qui est répertoriée comme une « nationale », vaut tout au plus pour un chemin un peu costaud en Lozère (le dénivelé en moins).

Quelques bornes plus loin, on a commencé à croiser des mecs. Avec des flingues. En bandoulière. A l’entrée d’un village, je me suis arrêté pour faire remarquer à un autochtone qu’il avait un joli fusil. Oui mais pour quoi faire cher ami ? Il a pas su me répondre … on a traversé le village où un mec avait un machette pleine de sang, à la main. Dix mètres plus loin, un autre mec (ça devait être lié avec le gars à la machette) qui avait pris soit, un très gros coup de machette, soit deux coups de machettes bien distincts car il avait du sang au ventre et à la bouche. On s’est pas attardés, je t’ai déjà dit qu’avec Amaury, on aimait pas les visites touristiques.

On s’est enfoncés encore plus dans la jungle où tout le monde pratique l’écobuage sauvage. On a traversé des portions entières de forêts fumantes laissant planer une étrange brume. Plus curieux encore, les troupeaux de bœufs venant de se coucher au ras des arbres calcinés pour renforcer cette atmosphère fin du monde. En traversant ces portions fumantes, la température grimpe d’encore un ou deux degrés supplémentaires portant l’histoire à 42 !!! Nouveau contrôle de police où on nous demande ouvertement et très maladroitement un bakchich !!! Mon GPS (Amaury je te le rappelle) qui ne perd jamais le nord, trouve une solution idéale : des pâtes carbonara ! Un peu salaud mais réfléchis bien aux ingrédients, tu verras que le mec (et sa femme qui était fière comme un paon d’avoir décroché une prise de guerre devant tout le village) n’est peut-être pas prêt d’en profiter.

17h00, une rivière se présente à nous avec en son fond, des dalles de pierre ultra glissantes. Les deux motos vont aller à l’eau, nos fringues et nos bottes (lavées/séchées la veille) également. Nous n’avons fait que 180 bornes sur ce chemin infernal. La nuit ne va pas tarder à tomber. On hésite! Que faire ? Dormir sur place ?C’est bourré de moustiques, pas trop sécurisé, et un point d’eau, c’est l’endroit où viennent boire les animaux. Moi la Guinée, je ne connais pas sa faune, mais je tiens pas à partager ma tente avec. Mon duvet non plus sachant qu’un sac de couchage s’appelle aussi sac à viande si tu vois ce que je veux dire. On décide donc rejoindre le prochain village, Karala. Même de nuit, ça sera plus raisonnable! Il reste 40 bornes à faire dans cette atmosphère surréaliste.

18h30, un tout petit avant la nuit, je jette un œil sur la pochette de mon guidon et … merde j’ai paumé mon téléphone. Là où j’ai toutes mes photos, mes notes !!! Hors de question de renoncer. Demi tour sur 10 kilomètres avant de le retrouver… en plein milieu de la piste. Demi tour à nouveau et c’est reparti pour le village de Karala. Sur cette piste où nous devons constamment changer d’ornières, pas le droit à l’erreur, à la chute. Là où nous sommes, personne ne viendra nous secourir (dingue comme le film peut monter vite dans ta tête). Pour la première fois de ma vie, j’ai bien emporté une vraie trousse de secours conséquente, avec des pansements hémostatiques destinés à l’armée. 60 euros LE pansement mais je suis pas sûr d’arriver à m’en servir sans vomir. Alors … Amaury qui ne voyait plus rien dans son masque part à la faute. Heureusement sans conséquence. Une heure plus tard, nous arrivons enfin au village de Kerala.

Se pose alors et toujours la dernière question de la journée … celle que tu as le moins envie de te poser à cet instant là. On dort où? Tu sais l’instant où tu rêves de quitter tes pompes, d’une bonne douche et d’un bon repas. Dans ces cas et malgré tout, je fais super bien le mec qui ne doute de rien. J’avance un : « Vous savez où on peut dormir dans ce charmant endroit ? « . Genre! Comme si il pouvait y avoir un hôtel dans ce hameau de cases. Je sais très bien que non. Mais un gars finit par nous demander de le suivre. Il nous guide jusqu’à une grande maison éclairée. Non pas une case comme les autres, une vraie maison. On nous demande d’attendre sur le perron. Fini par sortir Monsieur Kémo Condé. Directeur général de la supervision des institutions financières en Guinée. Venu quelques jours en vacances, dans son village d’enfance.

Il nous apprendra qu’à part l’éléphant, il ne peut pas nous arriver grand chose dehors. Que les hommes armés de fusil sont tout simplement des Peulhs qui perpétuent une tradition de chasse bien ancrée dans cette région. Que l’écobuage, c’est pas terrible mais les paysans n’écoutent rien. Allez j’en rajoute un chouïa dans mon descriptif mais j’avoue que parfois, même si tu as l’habitude de voyager, ton instinct de survie et la prudence peut faire monter la pression. Nous qui pensions donc finir empalés par un rhinocéros, cuits à l’écobuage sous le joug de rebelles, on a dormi comme des princes dans deux immenses chambres lit king size ! La pression est cette fois-ci montée pour rien !!!

Reste connecté, je vais te raconter comment, avec amaury, nous sommes devenus deux immigrés clandestins en Côte d’Ivoire !

Kap2Cap en Ténéré 700 épisode 10

Lolo
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- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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