Dimanche dernier. L’immense porte métallique s’ouvre et le ferry nous crache de sa carcasse sur le continent africain, cœur de notre voyage. Douanes, tampon, vérification des cartes grises, fouille, les formalités s’avèrent malgré tout quasi expéditives.  » Soyez les bienvenus au Maroc ». Il est 15h00, 300 petits kilomètres nous séparent de Fès. Encore un dernier effort dans notre descente tgvesque et on va enfin pour pouvoir prendre le temps.

A ce sujet, ne te méprends surtout pas. 5.500 kilomètres en 6 jours, Il n’y a là aucune envie de battre un quelconque record de vitesse. Kap2Cap (Cap Nord/Capetown), comme titre de « travail » et comme base de rêve, c’est vrai que ça claque .. mais t’ayant déjà pas mal raconté la Scandinavie, l’Europe et l’Afrique du Nord dans mes vidéos, mon envie était cette fois ci de t’amener au cœur de l’Afrique noire, à bord de nos T7, et de prendre enfin notre temps pour découvrir, échanger, découvrir. T’inquiète, je ne mets pas de côté le plaisir 😉

La nuit a ressemblé à un black out total. Panne de son et d’images comme ça nous arrive rarement. Tu m’étonnes. Réveil, petit déjeuner et tour de la Médina de Fès qui m’a toujours fascinée. Je vais pas te faire l’article sur cette perle inscrite au patrimoine de l’Unesco, sinon tu vas te barrer. Je vais juste te dire ce que j’ai retenu de notre guide costard/cravate. C’est ici à Fès que les chiffres arabes ont été inventés. Ici que l’on trouve l’une des très rares copies originales du Coran. J’ai aussi appris que, comme le voulait le Coran, les femmes étaient enterrées dans des cercueils, les hommes uniquement dans des linceuls. J’ai aussi appris que la chaux vive ne brûlait pas, en tous cas à en croire les mecs qui travaillent avec de simples waders, immergés jusqu’au cou dans les bacs de l’impressionnante tannerie de Fès.

Dubitatif sur cette dernière affirmation, on a refait nos bagages, mis un coup de démarreur et filé en direction de Rich, en traversant les sublimes forêts de cèdres. Sur une petite route qui file en lacets, trois panneaux indicateurs se suivent. L’un pour une réduction de vitesse, l’autre pour un rétrécissement de voie et un ultime pour … signaler la présence de singes. Des macaques plus précisément qui ne semblent pas craindre le froid et la neige. Arrêt curiosité, photo et miam miam. Mais non, je vais pas les nourrir de toutes ces saloperies que leur file tous les touristes chinois (ils sont plus d’un million à être attendus au Maroc cette année).

Au fond de mon sac, un précieux sachet. Un mélange de noix de cajous, de cacahuètes, amoureusement préparé par Marie, ma femme. Tu sais le fameux « y’a des graines Lolo? Tu veux des graines? » dans ma vidéo sur le Pérou. Ce sachet est censé nous servir de petit déjeuner lors des bivouacs. Je file le sachet à Amaury qui fait grimper le singe sur la Ténéré 700 et commence la distribution. Souhaitant immortaliser l’instant, Amaury quitte le macaque des yeux, une demie seconde, pour déclencher sa Go Pro… bras bien tendu avec notre trésor au cœur de la paume de sa main. Et là, le mec (à ce niveau de filouterie j’appelle plus ça un singe), bref le mec tend le bras et s’approprie, fermement et sans équivoque, le sachet. Amaury tente un bras de fer mais sans succès. Le mec tire plus fort, tourne les talons et grimpe dans son arbre pour se faire sa propre opinion sur le choix de nos arachides.

Oui, t’as bien lu. Le mec, malin comme un singe (je parle d’Amaury cette fois-ci) l’essence même de la débrouille, de la ruse, venait de se faire blouser par un … macaque. Pour une poignée de cacahouètes et un mauvais bras de fer. Je ne te dis même pas sa tronche. Bon allez, je vais t’en raconter une deuxième.

Malins comme des singes, on venait d’effectuer la coupe du siècle. Plutôt qu’un long détour par la route, on avait décidé de franchir un col off road, le col du Ouano qui sépare le Dadès et le Todra, à 2.767 mètres d’altitude. Début février. Futés les gaziers … enfin, les parfaits abrutis quoi. Mais on a réussi. En redescendant dans la vallée, on a plongé dans les gorges du Dadès avec un mercure qui frôlait désormais les 20 degrés. L’attention pouvait se relâcher quand là, au détour d’un virage, un truc luisant au sol qui se profile sur une bonne cinquantaine de mètres. Du verglas ! Putain, surtout, ne toucher à rien, laisser filer, jouer l’équilibriste, ne pas regarder au sol. Mais cinquante mètres sans être assuré, ni encordé, c’est long.

Gentiment, l’avant commence à croiser puis l’attraction, l’amour du bitume se fait plus fort, plus tangible. Zip le pingouin, scrouitch le carénage, fretefretfra, la neige ! Pendant ma longue glissade (je relèverais la moto sur le 5è rapport), j’entends la même chose derrière moi. Amaury vient de chuter. Toujours pendant ma glisse, je me retourne et vois Amaury face à moi qui me fonce dessus, à terre, mais guidon bien en main. Façon MotoGP. Alors que je réussis enfin à m’immobiliser, Amaury et sa T7 me doublent (quel esprit de compétition quand même 🙂 pour s’arrêter à ras du rail dix mètres plus loin ! Regard croisés, surpris mais amusés quand même. Personne n’a rien, les motos sont indemnes, la bagagerie a amorti tout le choc et est un peu râpée.

J’hallucine. Faire autant de bornes, venir du Cap Nord (ou Amaury a quand même pris 154 km/h de vitesse maxi, avec les pneus cloutés mais chut, je t’ai rien dit) pour se rétamer là, comme des bouses par 20 degrés ! Le voyage n’a jamais rien de certain. Lorsque tu entreprends, la première chose que l’on t’enseigne, c’est que le but, l’arrivée seront sans douter bien différents de ce que tu avais imaginé. Il te faudra affronter les vents (forts puy absents), prendre des décisions, inattendues et barrer au mieux. Là, on vient de prendre un premier et sérieux avertissement, signe que tout peut s’arrêter en une fraction de seconde dans notre entreprise.

Kap2Cap en Ténéré 700 épisode 5

| Ça sent le vécu, histoires vraies, KAP2KAP | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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