De quoi? Si je stresse avant un voyage comme ça ? Oui! Mais pas vraiment pour ce que tu crois ! Je stresse de te rapporter du bon taf, de belles images, une belle aventure ! Je stresse de savoir que notre convoyeur, Moss Molosse, erre en pleine tempête de neige, à 50 km/h de moyenne sur les petites routes finlandaises qui le mènent au Cap Nord.

Dans son fourgon, 2 mois de préparation intense, avec nos deux Yamaha Ténéré 700 cloutées jusqu’aux moyeux, prêtes à rallier Capetown! Du coup, je checke sa position et sa vitesse toutes les 30 minutes sur Life360. Le bonhomme est expérimenté, et de confiance mais j’y peux rien, je te l’ai dit, je stresse !

Ha oui, parce qu’en revanche, ça je ne te l’ai pas dit: nous on monte en avion! Avec 26.000 km à parcourir du nord au sud, on allait pas non plus s’infliger 3.700 km de peine supplémentaire pour monter à moto au Cap Nord. Pas que je n’en sois pas capable (je l’ai déjà fait 3 fois) mais il faut savoir contenir et limiter les risques dans cette histoire incensée ! Puisque je te dis que je stresse !

Je stresse aussi de savoir que nos carnets de passage en douane qui nous permettront de transverser l’Afrique et de faire entrer puis sortir nos deux Ténéré sans souci, ne sont pas encore arrivés et que nous sommes censés les récupérer lors de notre passage éclair sur Paris dans 7 jours.

Je stresse parce que prenons l’avion pour le Cap Nord avec nos seules cartes d’identités, nos deux passeports respectifs étant encore bloqués en ambassade pour se voir tamponnés des ultimes visas ! T’as beau t’y prendre à l’avance, tu finis forcément à l’arrache, à la bourre, en stress quoi !

Je stresse parce que le Cap Nord est actuellement coupé du monde. Voilà quelques décennies qu’il n’avait pas connu pareille tempête de neige et avalanche. La route est coupée jusqu’à nouvel ordre. T’imagines toi que notre aventure Kap2Cap ne puisse pas réellement commencer depuis le Cap Nord. J’ai bien lorgné sur un autre pont distant de 15 km qui se dit être le VRAI Cap Nord mais c’est 10 km de marche en été. Sans doute impossible à rejoindre à moto avec les congères actuelles !

J’ai aussi beaucoup stressé de savoir mon compagnon de route, Amaury, engagé sur l’Africa Eco Race, quinze jours avant notre départ ! Quand je l’ai vu rentrer dans les 20 premiers , j’ai fait une crise cardiaque ! Suivie d’une embolie pulmonaire quand il m’a demandé de lui recommander un casque car le sien était mort suite à une énorme chute. J’étais en état de mort clinique absolue lorsque j’ai pris un dernier coup de hache en travers du crâne parce qu’il s’arsouillait avec le norvégien Anders pour remporter la catégorie malle moto. Il ne m’est resté qu’un mince filet d’air que j’ai mis à profit pour préparer ma moto comme si je partais désormais seul. Démonte pneus, dérive chaîne, disques d’embrayage, leviers, etc, etc … et puis non ! Enfin presque. Car après une ultime pelle sur le bitume, le gazier est monté sur le podium. 14e, premier français, frippé, limé, rapé, poncé mais entier ! Il a fallu refaire tout le chargement pour se le répartir à nouveau ! Je stresse !

Je stresse aussi de tout foutre par terre sur une bête chute sur les routes norvégiennes enneigées … plus que sur un appui de dune au fin fond de l’Afrique!

En revanche, je ne stresse pas (peut-être à tort) des multiples mises en garde que l’on me fait sur l’Afrique. Les pirates de la route, Ébola, Zika, Chikungunya, j’arrive pas a stresser. Les improbables 200 dollars pour passer soit disant du Congo à RDC non plus! Les « gilets jaunes » du Front Polisario ou de la Guinée non
plus !

Y’a sans doute bien plus de chance que mon bagage, que j’ai mis en soute au départ de Roissy Charles de Gaulle, n’arrive pas en Norvège. Non ? Bah si, ça, c’est vraiment arrivé! Ça m’apprendra à m’être préparé à trop de confort. Dans mon sac égaré sur un chariot à bagages sur le tarmac d’un aéroport exposé aux -30 degrés que subit la Norvège en ce moment, se côtoient sans doute joyeusement chaussettes gants et gilets chauffants ainsi que mes bottes et ma tenue de moto !

Et tu sais quoi? Bah je trouve ça plutôt rassurant que ce voyage commence comme ça ! Sans galère, pas d’aventure ! Alors je me suis rabattu sur le blouson et le pantalon de ski d’Amaury. Pour les gants, bah quand j’aurais perdu trois phalanges, je te demanderai de me tricoter et de m’envoyer ces fameuses moufles destinées aux petits lépreux de Jakarta !

Du côté d’Alta et après avoir rejoint Moss, le fourgon et les deux yamaha Ténéré 700, on a enfin sorti les motos du fourgon pour les 100 derniers kilomètres qui nous séparent de notre point de départ le Cap Nord! L’inquiétude et l’angoisse ont commencé à me chatouiller à nouveau ! Faut me comprendre, la météo annonçait qu’on allait avoir beau temps et que le convoi pour le Cap Nord se remettait en route.

En attendant notre vrai départ, demain, on s’est offert un charmant hôtel a Honningsvåg: the View! On a fait sauna, hamman et jacuzzi en extérieur, sous une incroyable voûte céleste, en dégustant une bière et … une poignée de bonbons Haribo (nos femmes vont gueuler)! Bah ouais, tu crois quoi ? Tout le confort qu’on ne va pas avoir en Afrique, on essaie de se l’offrir par avance! D’en engranger ! Après une heure de jacuzzi, les doigts de pieds bien palmés, on est sorti et … restés en slip. Une heure dans le vestiaire ! On avait oublié de prendre la clé de notre chambre et la réceptionniste s’était absentée! Quand je te dis que tout se présente bien, malgré mon stress !

Kap2Cap en Ténéré 700 épisode 1

Lolo
About The Author
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

Avatar

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.