Là, à gauche, la 907 ! C’est où la 907 ? Bah juste à côté de la 910, c’est simple non ! Car en Islande tu ne peux pas te perdre. Au sud, en partant de l’est et en allant vers l’ouest, tu trouves les routes (et les pistes aussi puisqu’ici, tout type de voie comporte le nom de route) allant de 200 à 400. Et au nord de 500 à 900. Un quadrillage basique, binaire, sans fioriture. Seule la 1 se différencie puiqu’elle fait le tour de l’île sur 1.500 kilomètres environ.

Pour le reste, tu oublies ! Quoi, j’oublie quoi ? Bah, tu oublies tout ce qui n’est pas répertorié sur une carte. Tu oublies le hors pistes, les coupes au cap, les repères au loin, les levrettes et que sais-je, autres raccourcis. Car ce qu’on appelle ici le « off road » est rigoureusement interdit. Tes deux roues doivent rester strictement sur la piste. Et si tu croises un autre véhicule ? Bah, tu t’arrêtes et t’essaies de te croiser sans mordre d’un seul millimètre dans le bas côté. Un véhicule 6×6 est d’ailleurs activement recherché pour avoir posté une photo off road, enfoncé dans le sable noir !!!

Là, tu vas me dire que c’est des psychopathes ces Islandais. Disons qu’ici, la nature n’a que peu de temps pour naître, grandir avant de se voir recouverte de neige 8 mois de l’année. La moindre trace dans ce sol hyper meuble devient une cicatrice profonde, irréparable, qui va également accélérer un peu plus l’érosion. Juste le simple fait de faire une séance de prises de vues vidéo (avec ses nombreux allers-retours) me donne l’impression de repartir en laissant un champ de mine derrière moi. Le sol est tellement mou qu’il m’est quasi impossible de repartir après chaque demi-tour (même en étant hyper progressif à l’embrayage) sans laisser une profonde ornière.

Du coup, avec toutes ces restrictions, tu te demandes quel est l’intérêt de venir rouler off road ici. Bah les pistes justement. Tantôt rectilignes, avec des vitesses de croisière inavouables, sur une mélodie de baryton sonnée façon cavalcade, par Ugly Betty. Quelle santé ce moteur! Mais le plus souvent sinueuses, tournicotantes, avec de beaux appuis. Ou encore cassantes sur les passages d’un versant à un autre. On passe du sable noir, à la terre ou aux cendres d’un volcan. On évolue dans un incroyable labyrinthe en traversant ces immenses coulées de lave. On franchit un petit monticule qui laisse découvrir un paysage encore plus incroyable que le précédent.

Tu sais l’adjectif qui me vient le plus souvent à la bouche est « lunaire ». Mais je me trompe. Forcément. C’est vrai quoi, vu d’en bas, toutes les planètes se ressemblent. Une sphère, des cailloux, de la poussière et des cratères. Et bien non figure toi. Et la preuve se trouve ici, en Islande, où j’ai l’impression de toutes les visiter avec leurs différences et leurs nuances. Je pourrais du coup et aussi bien dire: « martien », « plutonien », « saturnien » tant la variété de ce bout de caillou est étonnante. Mais aussi inquiétante. En longeant le volcan Hekla hier, j’ai réussi à réveiller en moi des peurs d’enfants ! Et si il entrait en éruption là maintenant ? Bon il faut dire que les dernières fois que ce gros pépère avec son cône à la chantilly, s’est réveillé, il n’a donné signe de son déferlement de violence que … 30 minutes avant. Du coup, on te demande ici de charger l’application « 112Iceland »afin de recevoir une alerte si les sismographes s’affolent ! Mais bon, 30 minutes, ça reste un peu court pour replier ta tente et filer sur ta meule hors de portée des menhirs qu’il va te balancer ! J’ai respiré, je me suis dit que ce serait vraiment pas de bol et … j’ai fait des cauchemars toute la nuit. J’exagère forcément mais cette île a quelque chose de tellurique, d’inconcevable, de déraisonnable.

Enfin, il y a les nombreuses rivières à traverser. C’est d’ailleurs très exactement là que se mesure toute la différence de rouler seul ou à deux. À deux, tu discutes, t’échanges, tu cherches de visu l’endroit qui te semble le plus porteur, le moins profond. Tu confortes ton opinion. D’ailleurs, le doute n’est plus permis puisqu’on est d’accord: « c’est là qu’il faut passer. En visant le caillou, là-bas, le petit ressac de ce côté puis la touffe d’herbe sur l’autre côté. Du coup, crânement, debout sur les repose-pieds, le regard au loin, moralement dans la réussite, tu tentes ta chance. Au pire, on sera toujours deux pour la sortir de là !

Là, avec Ugly Betty, on voit les choses différemment. Le beau geste, le coup de gaz inutile, l’excès n’ont pas leur place. Pas plus que le style. Je sonde chaque rivière à pied, cherche le meilleur passage. Tout du moins le moins risqué. Pas forcément le plus glorieux. Souvent, l’entrée et la sortie sont porteurs sur un lit de graviers. C’est au milieu que ça se gâte, avec de grosses pierres qui te déséquilibrent. Alors la majeure partie du temps, je passe au ralenti, en trialisant, tout sur le point d’embrayage. Dans le doute, je pose les deux pieds au sol. Et dans les cas extrêmes, je descends de la moto pour franchir le gué aux côtés d’Ugly Betty, en marchant à ses côtés. Et si le courant est trop fort, je me mets en aval de la moto pour la retenir. Je ne suis pas loin d’atteindre mes limites comme hier en arrivant sur le campement du Landmannalaugar où le snorkel m’a réellement été utile.

Cette prudence s’impose également sur la piste. La moindre erreur et le voyage s’arrête là. Net, sans appel, ni regret possible. Contrairement à notre Kap2Cap, il ne m’est pas possible de se répartir la charge (surcharge ?) pondérale. À moi, le matos vidéo plus la popote et à Amaury les outils et pièces de rechange. Là, je dois tout emporter seul. J’ai donc fait une impitoyable sélection sur les pièces … au point de n’avoir qu’un levier d’embrayage et de frein de rechange. Scotch, rilzans, sandows sont mes meilleurs amis. Le voyage en solo demande cette abnégation du plaisir personnel, j’entends celui du pilotage. Au profit de la réflexion, du raisonnable !

Bon cela dit et après cette bonne leçon de morale, ça ne m’a pas empêché … de me gaufrer hier! Car, contrairement à ce que certains pensent, Ugly Betty a de vraies capacités tout terrain. Avec son kit cartouches Ceriani dans la fourche (+6 cm), son amorto Ohlins (+6 cm), sa position de conduite relevée grâce à son guidon haut, et ses repose-pieds larges et crantés, miss Ugly Betty possède un sacré toucher de piste cendrée. Bon allez, je te concède une très légère tendance à planter de l’avant dans les tout petits endroits serrés dans le sable (roue avant de 19 et surpoids du treuil obligent). Mais rien de grave, suffit de le savoir et d’anticiper en corrigeant au guidon.

Ce matin c’est la fête ! Ouiiiii … bon nombre de pistes fermées jusque là viennent d’ouvrir. F261, F210 et F233. Au sud quoi, si tu as bien suivi. Autour du Landmannalaugar et autour du volcan Hekla! Je check le treuil, je mets mon maillot de bain, mes palmes, mon tuba et je tiens au jus dès que je suis rentré de la plage !

#surlaroutedevosprojets
Merci à La Banque Postale. Sans eux, pas d’aventure, pas de rencontres, pas de projet, pas de découverte !

L’Islande avec Ugly Betty et La Banque Postale, épisode 2.

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Islande avec Ugly Betty | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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