Road trip ► Hivernale en Ducati Multistrada 1200 Enduro #4

Hier tout à mal commencé. J’ai ouvert l’œil et… il faisait jour à travers la toile de tente! Pas normal. 8h30! Et merde, j’ai une grosse journée aujourd’hui. Après trois nuits sous la tente, j’ai la gueule un peu de travers, les paupières gonflées, le regard torve.

Je remballe fissa (une bonne heure quand même) et direction les gorges de la Bourne. Mais l’endroit est un peu trop encaissé et ça manque de lumière pour filmer. De toute façon, garer la moto, sortir le trépied et la caméra, tout ça me demande un effort surhumain aujourd’hui !

Je file plus en hauteur, sur un plateau tenter ma chance avec le drone. C’est bon, tout est prêt, j’active le mode suivi, le message « carte pleine » s’affiche. Il y a des signes qu’il faut savoir repérer, interpréter et ceux-là en font partie. Sans compter que rien ne me réussit au guidon, j’ai l’impression d’avoir décroché le permis depuis deux jours. Sans doute un peu de fatigue après 8 jours et 3000 kilomètres de routes piégeuses.

Je la joue safe en décidant de tirer direct sur Saint Véran sans trop musarder ni faire de prises de vues vidéo. Enfin direct façon de parler, le Col du Lautaret m’attend. À 20 km du col, un panneau lumineux m’indique que le col sera fermé de 17h30 à 19h00 histoire de déclencher des avalanches menaçantes. Et ça continue encore et encore. L’inquiétude monte car j’aurais aimé attaquer la montée de Saint Véran de jour. D’autant que le bled traîne une sale réputation : « commune la plus haute d’Europe ». Ça sent le roussi, de nuit, à moto avec mes pneus de route. Deja que pour monter aux Karellis, j’ai mis un temps de fou l’autre jour. Le Lautaret s’ouvre à nouveau, les congères sont impressionnantes, je surveille le thermomètre au tableau de bord qui glisse au fond de ses chaussettes à vue d’œil.

À chaque trace d’humidité, je redresse la moto et accélère aux aguets. Ça glisse comme un lychee sur une toile cirée. Derniers mètres sur de la neige tassée. Je suis tellement tendu que je redescend aussitôt sans profiter du paysage . Trois kilomètres passent, je suis sorti d’affaire et … et merde j’ai oublié de prendre une photo devant le panneau « Col du Lautaret ». Je remonte en mode patinette débutant. Je me gare devant le panneau et « clic clac », je réalise ce fameux fragonard que, désormais, tout le monde m’envie. Et qui se revendra des millions d’euros après ma mort, c’est sûr.

Demi-tour vers la vallée pour tomber sur … des kilomètres de queue à la sortie des grosses stations comme Serre-Chevalier! Bas cotés, bande centrale, j’abuse un peu mais Saint Véran m’attend. Je sors de Briançon. il me reste quarante bornes et … et merde le Col de l’Izoard est fermé. Tu me diras, j’aurais pu me renseigner avant, être prévoyant, au moins, je serais arrivé à l’heure. Comme si j’avais pris le train quoi (bien que je ne sais pas si cet exemple fonctionne réellement) alors que la surprise est l’essence même du voyage.

À propos d’essence, le témoin de réserve vient de s’allumer, faut que je refuelle et ça m’arrange pas du tout. Bah oui, si je me boite dans la montée de Saint Véran, la moto sera plus lourde et j’aurais du mal à la relever. Je sais pas pourquoi mais je la sens pas cette journée. Comme un mauvais pressentiment !

Je réunis l’état major au fond de ma boite crânienne. Alors, les gars (on est toujours plus efficace à plusieurs) voilà le plan de bataille.
1. Toi, tu fais quand même le plein d’essence, ça sera fait (26 litres pour 400 km, sacrée autonomie la Ducati avec son gros bidon). Si on est piégés par le blizzard on pourra toujours laisser tourner le moteur et faire fonctionner les gants chauffants pour ne pas mourrir congelé.
2. Toi, s’il y a de la neige, tu sors les clous. Voilà 3.000 bornes qu’on les balade (500 clous dénommés F1 avec la visseuse chargée à bloc), il est temps de s’en servir . On fera un cloutage avant et arrière très léger, ça devrait nous prendre maxi une heure et ça devrait suffire pour avoir de la motricité !
3. Vous deux là-bas au fond qui branlez jamais rien. Si vraiment ça barre en couilles, qu’il y a un imprévu, vous stoppez tout et on campe sur nos positions. Enfin je veux dire, on ne prend aucun risque, on sort la toile de tente et on dort sur place. On campe quoi !
4. C’est bien compris, chacun sait ce qu’il a à faire ? « Sir’ yes sir »m’ont répondu les petits neurones bien disciplinés (sauf les deux du fond qui font toujours n’importe quoi, faudra que je leur parle un jour).

Soudés comme les trois doigts de la main, on attaque la montée de Saint Véran par un petit canyon, enfin c’est ce que j’imagine car il fait nuit noire. 4 degrés au tableau de bord, je peux encore me permettre de faire joujou avec la poignée de gaz et la machine à sensations qu’est le gros v-twin de la Ducati. Le thermomètre rejoint les zéro degrés, prudence. Je grimpe, je grimpe, la neige se fait de plus en plus épaisse sur les bas côtés. Dernière bifurcation à droite 4 kilomètres avant Saint Véran c’est là que ça se jouer. L’embuscade, le piège sont ici, c’est certain … mais non, finalement pas une once de neige jusqu’à Saint Véran ! Makach, nib, walou, peau de balle, déguin.

Tout ce cinéma dans ma tête pour ça. Je sais pas pourquoi mais je m’étais imaginé que j’allais grimper l’Anapurna avec piolet et crampons un jour de tempête. Tu me diras que j’aurais pu me renseigner sur Inforoutes pour savoir si c’était dégagé ou pas mais je serais passé à côté d’une belle histoire dans ma tête.

Saint Véran, plus haute commune d’Europe, j’y suis ! Et en plein hiver ! Le soir, je checke les quelques rares images que j’ai tournées dans la journée dont une superbe retenue d’eau congelée en strates, avec le drone. Tu sais quoi, y’avait pas d’images sur la carte SD alors que c’était juste sublime. Tu vois, je savais bien que cette journée serait pourrie !

Road trip ► Hivernale en Ducati Multistrada 1200 Enduro #4

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Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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