Road trip ► Hivernale en Ducati Multistrada 1200 Enduro #3

Tu vas dire que je t’ai un peu laissé tomber ces derniers jours. T’as pas tort mais en même temps t’as un peu tout gâché. C’est vrai quoi, mon concept d’hivernale en solitaire était en passe de devenir un véritable succès. Vous étiez trois à venir me voir à Mouthe, un seul aux Karellis, je m’attendais à être enfin seul à Vieille Brioude mais il a fallu que vous veniez me voir à une bonne dizaine pour passer à trente sur le plateau de Millevaches alors que la célèbre concentration du même nom est passée depuis plus de deux mois!

On se calme, on se calme, je fais comment moi pour gérer tout ça. Bah je fais rien puisque c’est en fait Bill du Moto Club de Meymac qui a tout chapeauté. Du bois, une immense broche, des poulets, de la truffade, du vin chaud, de la déconne, un peu de grivoiserie, une pleine lune il ne manquait plus qu’un barde à ligoter !

Et puis je allé me coucher sous la tente avec le sourire car tu me fais du bien depuis le début de cette hivernale. Bah ouais, je pensais que le motard qui voyageait et acceptait de se peler dehors avait plutôt cinquante balais et était un vieux routard. Faux. J’ai vu plein de jeunes: 17 ans en Yamaha 125 wrx, la trentaine en gsx-r ou speed triple, tous avec des envies de voyages, de rencontres, de découverte et de road trip à moto. L’Italie, la Croatie, le Maroc, le tout à l’arrache et à l’impro.

Tu vois moi j’ai à peine 12 ans mais je suis quand même né en 1967 … alors j’en ai vu passer des modes moto. Tous les styles de moto ont désormais de vraies qualités moteur et partie-cycle. C’est vrai quoi, soulève leurs jupes et tu verras. Une Ducati Diavel tient mieux le parquet qu’une Gsx-r des années 90 grâce à ses roues, ses freins et ses pneus de sportive. Ma Multistrada Enduro m’autorise un rythme inespéré sur les gros trails pachidermiques des années 90. Elle fait aussi bien qu’un Supermotard, une GT et une sportive réunies. Et maintenant que tout à progressé, que l’on a bien consommé ces nécessaires progrès et bien il semble que l’on revienne vers l’essentiel: faire de la moto. Le road trip est revenu au premier plan. C’est l’initiation à la moto de caractère (pour le caractère, je parle de l’homme pas de la moto). Le road trip te fait ressentir cet incroyable sentiment de liberté, ce champ des possibles pour lequel la moto a été inventée.

J’en étais là de ma réflexion quand j’ai été réveillé par le râle de Bill qui dormait près du feu. Un peu trop près car son blouson à jean a pris feu. En sursaut il l’a éteint avec ses mains et a plongé ses mains cloquées dans la neige. Marie qui sait éteindre le feu lui a enlevé tout ça. Il était 5 heures, certains se sont levés et ont (re)commencé à refaire le monde de la moto qui est loin d’être terminé. Moi j’ai remis 20 coups de gonfleur, mon matelas est crevé et quand il est à plat, le contact avec la neige me congèle.

Au petit matin, on s’est séparés comme si on se connaissait depuis 20 ans et qu’on allait se revoir demain. La moto c’est aussi ça. Les potes sont ceux que l’on connaît dejà et ceux que l’on va forcément rencontrer demain.

Sur la route, j’ai remonté l’efficace bulle de la Multristrada, profité de son large réservoir pour me protéger par des températures toujours aussi négatives (y avait bien qu’elles pour être comme ça sur ce road trip), j’ai consommé mon deux millièmes kilomètres au guidon de la Ducati et j’ai filé direct vers Le Béage dans les hauteurs de l’Ardeche. À la concentration des bonnets givrés.

Là on est sur un tout autre trip. Des purs, des durs, des vieux de la vieille, des nostalgiques du carbu, de la bonne époque (que personnellement je ne trouve pas si révolue que ça) des qui « fuckent » la vignette anti pollution. En général, ils aiment pas les journalistes ni les caméras et pensent qui tu vas aller dormir à l’hôtel dès qu’ils auront le dos tourné! Quand je leur ai dit qu’après leur petite sauterie, je filais dormir sous la tente dans le vercors et à Saint Véran, ça les a scotchés. J’avoue aussi que je romance un peu car, à ma grande surprise, beaucoup connaissaient et appréciaient mes vidéos. C’est moi qui fait une fixette, quand t’es plus jeune face à de tels briscards t’as toujours l’impression d’être leur morveux, un jeune boutonneux sans savoir. Ça s’appelle l’humilité, le respect et ça permet de les écouter. Avec des histoires d’hivernales toutes plus hallucinantes les unes que les autre. Et c’est bon. Car meme s’ils sont un peu bougons et réacs ils ont un cœur énorme !

Là encore, il manquait le barde. Au petit matin, ils ont kické leurs invraisemblables pétoires et sont repartis dans le froid et la Burle avec leurs barbes de sages patriarches. Quoi tu connais par la Burle? Un vent qui te chope par le travers, te dévisse le casque et les cervicales, te monte en dix secondes des congères du trois mètres de haut et te fait prendre à gauche à la prochaine fourche alors que tu voulais prendre à droite! Des locaux que j’ai croisés en bagnole m’ont fait signe que j’étais dingue à travers leur pare brise. Ça m’a plu mais j’ai quand même guetté les plaques de verglas et les nombreuses langues le neige. La traversée Ardèche/Vercors n’est pas des plus évidentes.

20h00 je suis arrivé à Lans en Vercors, j’ai planté ma tente, mis plus de coups de gonfleurs que d’habitude pour m’éviter un relais gonflage de nuit et j’ai dormi comme un bienheureux.

Road trip ► Hivernale en Ducati Multistrada 1200 Enduro #3

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Hivernale en Ducati Multistrada 1200 Enduro | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.