Road trip ► Hivernale en Ducati Multistrada 1200 Enduro #2

Cette hivernale, je sais pas qui l’a organisée mais c’est vraiment d’une incohérence absolue. Après avoir fait Bologne/Chamonix puis Chamonix/Pontarlier histoire de voir Mouthe et mourir, bah aujourd’hui, j’ai fait demi-tour. Je suis redescendu en Savoie sur la station de ski des Karellis. Laisse Madeleine, tu peux pas comprendre. Tout ça, c’est la faute à Bernard mais je t’expliquerai plus tard. Aujourd’hui, j’ai pris mon temps, j’veux pas me cramer non plus, l’histoire va durer 10 jours. J’ai passé la journée sous la pluie, c’était pas désagréable parce qu’il y a de la neige partout autour, sur les arbres, dans les champs et sur le toit des maisons. C’est reposant même si ça glisse parfois quand la route file sous les arbres, dans des vallons ou le long des rivières.

Et puis, ça me donne le temps de peaufiner ma technique de la glisse à moto. Comment, tu sais pas comment on fait pour piloter sous la neige ? Je pourrais te dire de ne pas couper les gaz trop brutalement, d’accélérer gentiment, de serrer la moto, mais j’emploie une technique bien différente moi. Un truc qui marche d’enfer. Quand ça glisse un peu, je serre les fesses. Quand ça glisse moyen, je serre moyen. Quand ça glisse fort, bah, je serre… fort (c’est bien je vois que t’as pigé le concept). Et globalement, ça passe. Sauf que là où la méthode se complique, c’est quand ça barre en couilles. Là, bah tu peux tout relâcher car ça sert plus à rien de serrer ! ça m’est arrivée une ou deux fois aujourd’hui. Y’a autre chose qui m’aide bien dans ma technique. Je suis au guidon d’une jolie Ducati Multistrada enduro 1200 raide de neuve avec 40 kilos de bagages et j’ai pas envie de la foutre par terre. Ça fait pas progresser mon niveau de pilotage mais ça me pousse à réfléchir davantage.

Au fait, à propos de cerveau, aujourd’hui, mon anti concept d’hivernal a progressé encore d’un cran. Ce n’est pas trois, ni même deux motards, que j’ai croisés mais un seul. Son nom : Manolito Fernandez Jimenez. Olé ! Bah non, en fait, Mano, il parle pas un mot d’espagnol. Mieux, il est belge et il bosse en mer sur des pétroliers chinois qui ont 8 ans et rouillent de partout et tombent en panne tout le temps. « 12 heures de taf’ par jour. » Bah tu vois, moi, je préfère traverser la Russie, monter au Cap Nord et changer mon slip tous les soirs à cause des glisses (oui, j’avais omis de préciser ce petit détail dans ma technique de la glisse) que de naviguer sur ces machins-là.

Mano, quand il navigue pas, bah, ça lui laisse 6 mois de vacances. Alors avec sa Transalp de 50.000 kilomètres, il part en road trip. Là, il a vu mon message sur Facebook, alors il a décidé de me rejoindre. Il voulait déjà me choper hier à Mouthe mais son GPS est tombé en panne. Son GPS, c’est un bout de papier avec tous les noms de bleds marqués dessus. Comme il pleuvait, ben son GPS n’affichait plus rien. C’était devenu une boule de papier mâché. Du coup, il a filé sur Pontarlier et décidé de me rejoindre à la station des Karellys ce soir.

Le seul truc, c’est que Mano, ça ne fait qu’un an qu’il fait de la moto. Je vais essayer de te décrire au mieux notre rencontre. Il est 17h30, la nuit tombe, il me reste 15 bornes de route en lacets pour monter à 1.600 mètres d’altitude jusqu’aux Karellys. Il neige dru. Les caisses qui descendent en sens inverse ont 20 cm de neige sur le toit et me font des appels de phare. Ça glisse, je serre les fesses mais seulement moyen pour l’instant. Au détour d’une épingle droite, je vois descendre un type en meule. J’en reviens pas. Depuis que j’ai commencé cette hivernale, je n’ai croisé aucun motard. Du coup, mon cerveau est conditionné pour ne pas en voir. Normalement, il n’y a que MOI qui roule. La jalousie pure m’envahit. Comme dans les plus mythiques ascensions des plus grands sommets, ce type avait atteint le sommet Karellys avant moi et se permettait de redescendre coolos pour me narguer. Il venait de me voler mes rêves. En plus, il me fait un signe. Moi, je suis limite de lui faire un bras d’honneur mais j’arrive pas à enlever les deux mains du guidon en même temps que je serre les fesses, trop d’infos en même temps pour mon petit cerveau.

Je m’arrête quand même, on échange. Il m’explique qu’il me cherche de partout. Je te jure que j’avais pas percuté que ça pouvait être un internaute venu à ma rencontre. Il est un peu en panique. Il me dit que ça monte pas jusqu’à la station : trop de neige, trop de glisse, il arrive pas à y arriver, ses chaussures sont trop petites, ses pneus trop lisses. Tel un premier de cordée, je le réconforte et j’essaie de le convaincre. On repart en première sur une neige bien tassée qui fait que là, à cet instant, perso, je serre fort. Lui aussi mais je pense qu’à un moment, il a du tout relâcher parce que j’entends un énorme fracas. Il vient de faire demi-tour sur la route et de se vautrer. La Transalp n’a rien, la valise a la bouche ouverte.

Merde, je veux pas provoquer ça, moi. Je veux que les gens qui viennent me voir, ils restent sur leurs roues. Je l’aide à relever sa meule qui est à contresens. Une caisse de gendarmerie se pointe… là, ça barre en couilles grave. Les gendarmes tournent la tête, passent, on remet la meule dans le bon sens et on avance en première comme on peut. Une bonne demie heure pour faire les 5 derniers kilomètres. On y est, j’ai jamais été aussi content d’arriver à 1.600 mètres d’altitude seulement. Mano se confond en excuses, me dit qu’il veut pas être un boulet. Il croit que je pilote comme un Dieu. Comme je ne suis pas que un enfoiré, je lui dis que j’ai juste un traction control de la mort qui tue sur ma Ducate et que ça grimpe à peu près partout. J’ai tué le mythe mais j’ai préféré la franchise.

Cela dit, Mano, il a vite compris comment je marchais. Il m’a dit que ses pieds étaient trempés, il a regardé mes bottes : bah ouais elles sont étanches. Et puis j’ai aussi des gants et des chaussettes chauffantes. Tu crois quoi ? Que je suis né avec du beurre de Yack et une couche de saindoux sous la peau. Bah, non, je veux bien faire le guignol dehors toute la journée mais j’aime bien mon petit confort. Et à ce sujet, je dois dire que je ne suis pas aidé. Je voulais absolument dormir sous la tente aux Karellis. Mais Bernard, le boss d’Arc’en-ciel qui m’avait dit de monter jusqu’ici, il m’a montré la piaule où je pouvais dormir. Il en a même proposé une à Mano.

Du coup, voilà comment à cause de votre générosité, je passe à côté de mes promesses d’autonomie. En même temps, ça me permet de brancher l’ordi et de te raconter tout ça, y’a pire non comme promesse non tenue. Et puis, de toute façon sur les Millevache et aux Bonnets Givrés (concentration sur inscription en nombre limité seulement, je le précise, pas envie de leur pourrir leur évènement), bah je vais avoir le temps de la planter ma tente. Allez, je monte le thermostat d’un cran, je tire la couette jusqu’au menton et je dis « merci Bernard ! ». Vous êtes tous formidables !

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Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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