« It’s just a piece of cake for you » me disent les autres participants à l’Adventure Roads en faisant référence au fait que le Cap Nord, je l’ai déjà fait voilà deux ans, mais en plein hiver, sur des routes congelées par moins 20 degrés. En clair, ils me disent que c’est du gâteau pour moi cette remontrée vers le Cap Nord en Africa Twin. Bah tu vois, à moto, rien n’est jamais gagné d’avance. Car si tu penses comme ça, autant arrêter la moto tout de suite (c’est que tu es blasé) ou prendre ton ticket pour le cimetière. D’abord, le fait qu’il y ait moins de neige pour relier à nouveau Oslo au Cap Nord, ça me permet de découvrir plein de petites routes où je ne serais jamais allé foutre mes pneus cloutés en plein hiver. Car même la E6, une sorte de large nationale qui relie le sud au nord du pays, m’était apparue comme un défi à cette époque.

Alors s’aventurer sur les vicinales, même pas en rêve. D’autant que les bords de mer sont compliqués à suivre ici l’hiver. « Lorsqu’il fait moins 40 en bord de mer, tout est paralysé, verglacé, les ferries sont bloqués » me confiait un norvégien. Alors qu’au centre du pays, tu peux encore te déplacer. » ça tombe bien, c’est ce que j’avais fait ! Mais là non. Le tracé de l’adventure Roads épouse au plus près la cote et ses fjords. Hier, on s’est fait l’hallucinante « Atlantic Road » et son incroyable pont qui enjambe la mer. Vu sous un certain angle, ce pont donne l’impression de s’interrompre pile en son milieu et de précipiter dans le vide chaque véhicule qui l’emprunte. A ses pieds, un gigantesque maelstrom ! J’ai pris le pont plusieurs fois dans les deux sens, histoire de me remplir de sensations et être sûr que je ne rêvais pas. Une mouette m’a même accompagné au moment où j’étais censé tomber dans le vide … magique !

Ce que je n’avais pas pu voir l’hiver, c’est également à quel point les routes secondaires sont belles et idéalement revêtues. Ça donne envie de tartiner, d’avoiner, d’avionner avec l’Africa Twin. Alors le longs des fjords aux eaux turquoises, on se laisse parfois un peu aller … voire même beaucoup au-delà des 80 ou 60 km/h souvent imposés. Gaffe, en cette saison touristique, les condés veillent. Le tarif est de 500 euros pour les premiers 10 kilomètres heure d’excès. Au-delà, je ne sais pas. « J’ai pas les moyens de me payer ça » m’avoue Dom qui roule raisonnablement. « Et puis, ça permet de mieux admirer les paysages. »

Putain, mais tu sais qu’il a raison le Dom. Et même sacrément raison. C’est d’une évidence biblique, d’un bon sens paysan ce qu’il dit. Rouler moins vite pour regarder, observer, admirer, je suis tellement con que je n’y avais pas pensé. Et c’est vrai que c’est sublime. D’ailleurs, je n’ai jamais su ni compris, pourquoi ni comment, quatre virages consécutifs pouvaient créer un tel état d’excitation chez le motard ! Le besoin de sentir la mise sur l’angle, avec l’avant qui se cale puis l’arrière. Là, le long des pâquerettes, un léger point de corde et zac, en sortie, tu soudes la poignée pour te sentir catapulté. Rien que d’en parler, ça me fout des frissons. Mais non, finalement, en ce jour de répit de pluie, j’essaie de me montrer contemplatif, bucolique.

Au fait ! Si je ne t’ai pas écrit hier pour te parler du jour 2 de ce trip, c’est tout simplement parce qu’ici, hier c’est aujourd’hui et demain en même temps … vu qu’il ne fait jamais nuit en cette saison. Du coup, avec nos 500 bornes à faire par jour, t’as toujours l’impression d’arriver de bonne heure même s’il est 22 heures comme hier. Et de te lever tard le lendemain, même s’il est 5h00, comme ce matin. D’un autre côté, quand tu te couches, t’as l’impression d’être à la maternelle et qu’on t’oblige à faire une sieste. Et moi, je détestais ça !

Tiens, y’a autre chose qui me flashe dans ce pays: les ferries et les tunnels. Les cotes sont tellement découpées que pour aller au taf le matin, bah tu peux prendre un ou deux ferries, comme d’autres prennent le bus. Dans le ferry, les Norvégiens donnent un ticket au receveur. Toi, tu donnes 10 euros pour seulement 4 miles nautiques. Ouais tout est cher ici.

Sinon, il y a les tunnels. Ça sert aussi à franchir les fjords mais c’est sous la terre que ça se passe et c’est gratuit. Les tunnels plongent littéralement à pic dans une pente vertigineuse à te boucher les tympans. Un trait bleu tracé avec des néons t’indique le moment où tu descends sous le niveau de l’eau. Quand t’es tout au fond, un autre trait bleu t’indique que tu peux donner une bonne poussée des pieds pour remonter. Et tu sais quoi, je suis super jalou. Y’a un Gliche dans le groupe qui a eu une putain d’idée. Il a failli se faire écraser par un 38 tonnes mais c’est pas grave, je suis quand même jalou de sa putain d’idée. Il s’est arrêté au cœur du tunnel, bien au fond, il a coupé son moteur et il a attendu de ressentir le silence mais aussi la chaleur de la terre. Là, tout seul, dans le noir et le néant, au coeur de notre bonne vieille planète. Je vais tenter ça demain, je suis trop jalou!

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#africatwin
#roulemoinsviteetlèvelesyeux
#onroulepourtoiLydia
@atoc-moto.com

CAP NORD EN AFRICA TWIN : Trondheim / Bronnoysund

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Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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