Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 8/10

Etape Blagovechtchensk/Khabarovsk, première partie

Ce matin, je suis allé voir la Chine (oui, je sais j’aurais du y arriver à pied!). T’imagines toi, comme à l’école où les éléments perturbateurs se retrouvent ensemble, ils ont mis la Chine la Russie et la Corée du Nord côte côte, à portée de gun. C’est comme réunir Eastwood, Van Cleef et Wallach dans le Bon la Brute et le Truand ! C’est explosif, ça sent la poudre. Sont sensibles de la gâchette les gaziers, faut pas les chercher sinon on va tous se retrouver aux quatre coins de l’univers, éparpillés façon puzzle.

Je dis ça, j’exclus pas les US, mais ils sont assis au fond de la classe, pas plus que la France. Mais là, tu te dis que si y’en a un qui se lève de mauvais poil un matin, on sera juste de petites victimes collatérales. Ça m’a impressionné ET attristé car quand même, le fleuve qui sépare ces deux pays s’appelle « Amour ». Un comble. Bon, cela dit, si ça peut te rassurer un peu, les russes orientaux m’ont confié se sentir assez proches, côté caractère, des chinois, même s’ils n’ont pas la même culture. Ils aiment bien faire du business ensemble.

Hier, je t’ai parlé de ma faculté à croire au destin. Et ben, ça a recommencé, et pas plus tard qu’aujourd’hui. Ce qu’il m’est arrivé de bien aujourd’hui ? J’ai gagné du temps et pas qu’un peu. Énormément de temps même. Comme je sens que tu as besoin de rêver, de t’évader en cette période de rentrée où tu viens de reprendre un an ferme, je vais te parler de mon emploi du temps. Je vais commencer par le soir, c’est plus rigolo. Arrivé à l’hôtel entre 20h00 et 23h00.

Aussitôt, je file à la douche avec mes fringues de moto pour me savonner, ça sèche la nuit et je suis tout propre le matin. J’ai toujours l’impression que le matin, ils me reconnaissent pas à la réception. Ensuite, je mets à charger toutes les batteries et je sauvegarde toutes les images de la journée, j’essaie de trouver à bouffer et dodo. Réveil à 3 heures du matin. Pas à cause du petit qui braille ou du chat qui veut sortir, mais parce qu’il faut remplacer les batteries chargées par celles non chargées. Deuxième réveil, le vrai celui-là, celui qui fait mal et que tu détestes, entre 5h30 et 6h30, ça dépend du boulot à abattre dans la journée.

Bah oui, je suis là pour bosser depuis le début, tu crois quoi toi ? Que je me m’amuse ? Que je fais un road trip ? Que j’aime la moto ? Faudrait être complètement dingue. Aimer la moto, ça veut dire que tu acceptes de renoncer à une coupe de cheveux décente devant tes collègues (vu ma coupe de douilles, perso, j’ai préféré renoncer à avoir des collègues !). Que tu acceptes d’être trempé quand il pleut, de te faire mal quand tu tombes, d’être sale parce ça pue la moto, et que l’on te dise tous les jours que tu es dingue, que c’est super dangereux et que tu vas finir à Garches. Tu vois, faire de la moto, ça fait quand même beaucoup de sacrifices à la fois. Du coup, moi, j’en ai fait mon métier, comme ça, j’ai plein d’excuses. Et puis, de toute façon, ce boulot, fallait bien que quelqu’un le fasse.

Alors ! Bref, entre 5h30 et 6h30, lever, douche, petit dej’ (passionnant hein !), et 8h00, départ. T’as beau te dire que tu vas partir de bonne heure, le temps de tout fixer dans le bon ordre, les Go Pro, les sacs, le pied photo, le GPS, bien protéger l’ordinateur des secousses de la route, de la piste enfin du truc qui va d’un point A à un point B, tu prends déjà une bonne heure dans la vue. Et ensuite roule. Minimum 500 bornes, maxi 1.100.

Du coup, je fais l’impasse sur le déjeuner. Enfin, je bouffe deux saloperies, histoire de ne pas tomber raide par terre vers 15h00, au moment où mon corps m’envoie quelques signaux, du genre nausée, étourdissement. Façon « qu’est ce que tu fous, on est pas au goulag ici ». A lui aussi, je n’arrête pas de lui dire « ferme ta gueule, si ça se trouve on est sur écoute du KGB ? A toujours critiquer les conditions de travail, tu vas nous faire repérer par les camarades. »

Bref, je roule sans bouffer. Pourquoi ? Parce que je bosse moi, monsieur. T’as du mal à suivre, je sens. Je bosse, je fais des photos, je filme, je parle tout seul à la caméra, je fais mon Antoine de Maximy. Un arrêt drone, c’est une demie heure de perdue sur mon temps de trajet. J’ai quatre batteries, ça fait deux heures de cramées. Un plan vidéo, c’est un bon quart d’heure. J’en fais une bonne douzaine par jour, ça fait trois heures supplémentaires.

Rajoute les arrêts essence, les deux ou trois coups de mou (là, je dis rien à mon patron mais je m’enquille une petite sieste d’un quart d’heure ni vu ni connu dans un fourré, le tout aux frais de la boîte, ça c’est bon !), t’es à 6 ou 7 heures de plus que le temps de route qui est indiqué sur le GPS, et qui varie donc entre 10 et 16 heures par jour. Là, tu te dis, c’est impossible, ça lui laisse que 4 heures pour dormir. Bah c’est parfois le cas. Sans compter que régulièrement, je m’avale une petite heure de décalage horaire supplémentaire, mais ça le patron, il veut pas en entendre parler. Il me dit de relire la convention collective, que c’est clairement indiqué dedans et que c’est pour ma pomme.

Je te dis pas tout ça pour me plaindre mais juste pour râler et gueuler parce que je suis français, moi hein. Ah oui et aussi pour te dire que je suis super heureux car aujourd’hui, j’ai gagné du temps. J’ai voulu faire un superbe plan vidéo avec mon drone au-dessus d’une rivière, dans des marécages. Je m’étais enquillé sur une piste assez improbable. Je fixe la télécommande du drone sur le tableau de bord de la moto, je fais avancer le drone, j’avance en même temps avec la moto en tenant le guidon d’une main, ça allait être le plan du siècle. Merde, je vais trop vite avec le drone, la moto n’est pas sur le plan et une bagnole arrive au loin.

Vite, faut que je recommence pour être tout seul sur le plan. Bah oui si t’es pas tout seul sur la vidéo de ton road trip, comment tu vas faire pour faire croire que c’était incroyable ce que tu as fait. Que c’était hallucinant, que t’as failli crever de faim pendant plusieurs jours et que t’avais plus d’essence et que c’était désert. Donc avant même de faire demi-tour, je fais marche arrière avec le drone sauf… que je me goure de manette et je tire à fond sur le manche pour précipiter mon drone dans… la rivière.

Là tout se met en rouge sur la télécommande « lost reception, waiting to hear from solo, etc… ». La dernière image que j’ai de lui, il est entouré d’eau. Aucun espoir. J’ai quand même cherché, je l’ai appelé, sifflé. J’ai mis un pied dans le marécage avant de renoncer. J’ai tourné, viré pendant une heure avant de me résigner. En tournant les talons, j’ai eu l’impression de vivre une scène d’Apocalypose Now. Mon camarade était là, dans ces foutus marécages, quelque part, forcément, mais l’hélico m’attendait, j’avais pas le choix, fallait que j’y aille aussi. P…., mon 3DR Solo, mon drone, ma sagesse, le seul qui savait me faire prendre de la hauteur dans toute cette aventure. Je l’ai abandonné lâchement.

Saloperie de boulot, tu vas voir que ça va être de ma faute et que ça va être retenu sur ma paie. Salaud de patron ! Sauf que c’est moi le patron, et que je viens de paumer 2.000 boules comme ça, d’un coup. Tu y ajoutes la Go Pro qui s’est dévissée de son support 4 heures plus tard et que j’ai paumée dans une zone de travaux, ça fait 2.500. Crétin d’employé, ça va coûter un max à la boîte.

En plus on n’est même pas assuré pour ce genre de trucs. Bon, comme j’ai dit que je restais positif, ben, à partir d’aujourd’hui, je viens donc de gagner au minimum deux heures de boulot en moins par jour. Je suis reparti, j’ai failli me bourrer dans des graviers bien épais, sur une piste vraiment paumée ce coup-ci et je me suis dit que j’avais vraiment de la chance aujourd’hui, parce que je m’étais pas bourré.

J’avais beau être monté dans l’hélico, il me restait encore 700 bornes à faire. A un carrefour, je me suis arrêté et comme régulièrement, y’a un autre gars qui s’est arrêté pour me prêter assistance et un peu par curiosité aussi. Tu sais quoi ? C’était le boss des casques Prédator, pas NLO, l’autre marque de casques Prédator, avec des dents énormes dessus et une tête d’allien. Un peu moins de 3 kilos le bestiau.

Pas con, j’aurais dû traverser la Russie avec ça, je te leur aurais fait peur moi aux « déssoudeurs de Japonais ». On a discuté, il m’a filé son numéro de téléphone, m’a dit qu’il s’appelait John, un vrai prénom russe et on est reparti. J’ai rangé sa carte de visité dans mon portefeuille en me disant que, là, maintenant, s’il m’arrivait quelque chose, je serais bien dans la mouise. Oui, j’ai tellement de contacts en Russie, que je ne saurais vraiment pas qui appeler en premier. Pour l’instant tout allait bien alors j’ai filé sur l’autoroute mon cordon ombilical, sur ma Transsibérienne.

Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 8/10

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Moscou / Vladivostock 12000 km en Ducati 1200 Multistrada Enduro | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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