Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 7/10

Etape Skovorodino/Blagovestechensk

Il y a ceux qui se lèvent le matin et se disant « putain, qu’est ce qu’il va encore me tomber sur la tronche aujourd’hui » et les autres qui de disent « chic, qu’est-ce qu’il va m’arriver aujourd’hui ». Peut-être de façon naïve, ingénue et inconsciente, je fais plutôt partie de la deuxième catégorie. Et aujourd’hui, ce qu’il m’est arrivé de bien, c’est Alexander. Alexander mon héros.

Ce matin, je me suis donc levé bien déterminé à abattre les 800 bornes du jour en à peine deux heures. Pourtant, dès les premiers kilomètres, j’avais les paupières lourdes. « Vous dormez, vous dormez, vous dormez, maintenant vous fermez les yeux » me susurre mon subconscient. « Mais non, je dors pas » lui réponds-je. « Tiens, regarde, j’ouvre l’écran, je respire en grand, je regarde le paysage, je me repositionne sur la selle, tu vois que je dors pas ».

N’empêche qu’il a un peu raison mon subconscient. Putain, ce qu’elles sont lourdes mes paupières. Mon regain de motivation a bien duré… 10 secondes. Bon, j’ai quand même tenu 180 bornes avec les yeux entrouverts, et là, je me suis dit c’est pas raisonnable. J’ai cherché un petit chemin à l’écart de la route pour m’allonger dans l’herbe et dormir un peu.

J’ai trouvé. Y’avait un cadavre de renard desséché et des sortes de pierres tombales. J’ai essayé de dormir, mais mon subconscient m’a encore dit. « tu ne dors pas, tu ne dors pas, tu as peur. » Putain de subconscient ! J’entendais des bruits partout dans la forêt, y’avait plus une caisse qui passait, et avec cette histoire de japonais qui s’était fait dessouder, j’ai mis un coup de démarreur, et je suis reparti bien réveillé pendant quoi, 10 bornes, avant que mon subconscient n’en revienne à son premier choix : « vous dormez, vous dormez. » Là, je l’ai pas laissé prendre le dessus. Je’lui ai dit : « ouais je dors et alors ? Je t’emmerde.»

Je me suis arrêté dans une station service, je me suis jeté par terre dans l’herbe, j’ai serré bien fort mon sac vidéo et j’ai dormi 3 minutes avant que mon subconscient me dise : « réveille toi pov’con y’a Alexander qui est là. » Pour une fois, il avait raison, Alexander était là. Alexander! Une Suzuki Intruder 800 hors d’âge, suspensions kaput et plein d’autres choses kaput. Pas de combi de pluie, pas de matériel sophistiqué, des pots Supertrapp (important ça), un sissy bar fait maison, des sacs plastiques partout pour protéger ses affaires et vogue la galère.

Alexander, il revient de virée en Russie. Et il m’envoie au visage toutes ses photos et ses vidéos de tarmos qu’il a croisés pendant son road-trip. Tiens, je reconnais mon sud-coréen croisé sur l’Ile D’Okhlon quelques jours plus tôt. Tu vois, pas besoin d’internet ou de puces GPRS, nous les motards, y’a longtemps qu’on a inventé le tracking. On se surveille, on fait attention les uns aux autres.

Alexander, sur sa Trou d’air, on dirait Denis Hopper dans Easy Rider. S’en fout la pluie, le froid, la mort, les autres mais surtout roule, rencontre, échange, découvre. Tu vois, ça m’en rendu tout minus. Je pensais faire un truc qui en avait un peu dans le slip avec mon Moscou/Vladivostock. Bah lui, Alexander, il le fait, il le kiffe en Trou d’Air. Il est reparti super décontracté, classe.

Je lui ai emboîté le pas et je l’ai déboîté avec 50 bornes de mieux. Non, pas pour l’humilier. Pour l’immortaliser. J’ai roulé 20 minutes à fond comme un con, j’ai garé la Multistrada, viré mon casque, sorti mon drone, ma caméra, mes go pro et mes yeux, et il arrivé. Il est passé, son Trou d’Air a déchiré le silence. J’ai trouvé ça super beau. J’avais tout filmé. Tu vois, si y’avait pas eu mon renard crevé, mes pierres tombales et mes coups de mou, j’aurais jamais croisé Alexander.

J’suis reparti super fier de lui. J’en ai eu marre de la transsibérienne. J’ai pris une petite route sur le côté. De toute façon, le GPS ne marche plus. Il passe son temps à me dire « cannot calculate route ». Du coup, j’me suis mis à apprendre le russe. Juste les noms de bled hein, c’est déjà bien. Et puis, je suis arrivé à Blagovestechensk, à 500 mètres de la frontière avec la Chine. Quand je voyage, je me dis toujours que c’est curieux ces histoires de nationalités, de frontières et de propriété. C’est vrai quoi, c’est pas parce que tu passes une frontière que le paysage devient d’un coup chinois, tout comme les patates, les carottes et les arbres. D’ailleurs, ça fait un petit paquet de bornes que je croise des russes qui ont vraiment des têtes de chinois. Tu vois que ça sert à rien ces histoires de frontières. Je dis ça mais j’ai pas osé envoyer mon drône en l’air car j’ai eu peur qu’il se croit à la maison et qu’il ne revienne plus jamais.

Je suis donc rentré dans Blagovestechensk et j’ai fait le plein d’essence. En sortant de la station service, j’ai fait quoi 100 mètres et là, je lève les yeux et je vois un immense panneau « quad/motos/skidoo ». J’entre avec l’intention de faire changer au moins le pneu arrière (il est 19h00) et là, sur qui je tombe ? Alexander. Non, pas Alexander Hopper. Un autre Alexander. Il a tout de suite mis sa cote de mécano, sorti ses outils, démonté fissa la roue arrière, l’a emmenée chez le le muet qui change les pneus (véridique), ramené et remonté ma roue avec mon pneu neuf. Et il m’a dit « merci ». J’ai dit « c’est combien. ». Il a mis la main sur le cœur, il a souri, il m’a montré mon vieux pneu qu’il avait gardé par devers lui, et il m’a demandé de le signer « Lolo ». J’te jure c’est vrai. J’ai des disciples en Russie aussi et pas qu’un peu.

J’ai viré le pneu avant neuf qui était accroché à la Multistrada et je lui ai donné. Tu vois, je pense qu’il s’était levé ce matin en se disant « chic qu’est qu’il va m’arriver de bien aujourd’hui. » On s’est limite tombé dans les bras, je suis reparti… et je suis revenu trente secondes plus tard. Y’avait une plaquette de frein en travers qui couinait et faisait des étincelles. On a remis ça et je suis parti pour de bon. T’y crois toi. A 1.500 bornes de Vladivostock, y’a un mec qui va garder précieusement un pneu marqué « Lolo, spassiba ! ».

J’vais me coucher, il devrait bien m’arriver quelque chose de bien demain !

Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 7/10

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Moscou / Vladivostock 12000 km en Ducati 1200 Multistrada Enduro | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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