Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 6/10

Etape Chita / Jesépaou: 1.000 kilomètres

Au fait, je t’ai pas dit, j’ai perdu mes super pouvoirs. Bah si, c’est comme ça. D’ailleurs les choses sont mal faites. Tu vois hier, j’ai perdu 25 fois l’avant de la Multistrada dans cette saloperie de boue gluante et ben, je l’ai toujours retrouvé. Là, ce matin, j’ai eu beau chercher partout dans la piaule d’hôtel, j’ai pas retrouvé mes super pouvoirs.

Mais si, je te l’avais dit, j’étais devenu invisible. Aucun flic ne me voyait, ne m’arrêtait depuis mon départ de Moscou, soit plus de 9.000 km quand même. Bah là, je les ai perdus. Du coup, devine quoi, je sors de Chita et là, bim, les flics me font signe de me ranger sur le bas-côté. Motif du contrôle : curiosité. Au début, le petit a essayé de prendre l’air sévère, mais quand le grand nigaud derrière s’est marré parce que j’ai dit « Ne ponimayu » (je ne comprends pas), c’était foutu. Ils m’ont parlé de François Hollande et de la Tour Eiffel. Ils voulaient voir des photos de là où j’habitais. J’ai détourné la conversation en leur disant que leur pays était magnifique et les gens super gentils, ce qui est vrai.

En revanche, à un moment, je leur ai fait signe que l’heure tournait (c’est universel le temps !) et que j’avais pas que ça à foutre et le grand nigaud a encore pouffé. Le petit s’est ressaisi, histoire de donner l’impression de servir à quelque chose. Il m’a dit « fais attention, hier, un touriste japonais comme toi (?!?) s’est fait dessouder. » Il m’a fait des signes des deux bras, genre ils l’ont visé depuis le bord de la route avec un AK47 pour le flinguer. Un autre flic a fait signe que non. Il a fait des grands gestes, genre va et viens avec sa main droite devant son nombril. J’ai eu un doute, j’ai pensé « onanisme ». Mais vu le contexte et la discussion, je me suis dit que les types avaient plutôt dessoudé le japonais à coup de baïonnette. Et là, le grand nigaud, il rigolait plus du tout.

Le petit m’a fait signe de mettre gaz jusqu’à Vladivostock, et même gaz en grand (je te jure qu’il m’a fait le signe gaz à fond), et de ne surtout pas m’arrêter. 3.000 kilomètres sans refaire le plein, ça allait pas être simple. Je suis reparti et ça m’a quand même inquiété. J’ai donc mis gaz, 160 compteur (je voulais pas exagérer non plus et puis ça allait pas être facile d’expliquer aux prochains flics que la brigade précédente m’avait dit de souder) en revanche, pour l’essence, il a bien fallu que je m’arrête. Et même plus tôt que prévu puisque je consommais plus.

Je me suis arrêté dans une grande station service. Un mec super gentil, serviable, m’a tout de suite demandé si j’étais français. J’ai dit que oui, et là, je ne pouvais plus l’arrêter. Il m’a sorti toutes ses références « Jean-Paul Belmondo, Fantômas, Le Louvre… ». j’en suis resté coi. Je savais vraiment pas que les ondes hertziennes pouvaient mettre plus de 50 ans à arriver en Russie. Mais au moins, il connaissait autre chose que Hollande et Depardieu. Et cela dit, les Russes de Moscou affirment qu’il n’y a pas longtemps, au fin fond de la Sibérie, ils auraient trouvé un village dont les habitants n’avait jamais entendu parler de la Seconde Guerre Mondiale !!! Légende urbaine ou réalité, eux y croient.

Je suis reparti, 160 compteur mais 144 de moyenne seulement. Pour plusieurs raisons. Les 2.000 kilomètres de goudron qui relient Chita à Khabarovsk sont étonnants à plus d’un titre. Cette « autoroute » a été inaugurée en grandes pompes par Poutine en 2011, lequel a fait le voyage à l’arrière d’une Lada Samara jaune poussin (véridique !). Voilà, ça, c’est un président qui sait se sacrifier pour son peuple. Poutine a dit qu’il voulait découvrir certaines régions de la Russie. Bah, je peux te dire qu’il a du regarder à peine 10 minutes par la fenêtre car ensuite… c’est toujours le même paysage. Des sapins, des collines, des cols. Passé ces 10 minutes d’observation, il a aussi et sans doute, du saloper tout l’arrière de la Samara à vomir le reste du voyage tant cette route, c’est les montagnes russes.

Bah oui, « les montagnes russes » en français, ça vient forcément de cette route. Ça ne peut être que ça. Des compressions de fou. Tu peux être sûr que quand tu vois un panneau « limité à 50 ou 70 », t’as intérêt à couper les gaz et à te mettre en suspension sur les jambes, sinon tu décolles des deux roues. Ça fait même sauter le régulateur parfois. Là où c’est encore plus chaud, c’est lorsque ça se produit sur l’angle. Là je peux te dire que t’as l’impression de piloter une 500 de Grand Prix de l’époque des Rainey/Doohan/Schwantz et consorts. T’as l’impression que tu vas passer par-dessus en permanence et pourtant, la Multistrada est sacrément bien suspendue et adore cet exercice.

Ça m’a fait la journée et c’est tant mieux car j’avais 1.400 bornes à faire et aucun point de chute. Car tu ne vois aucun bled, ni personne non plus. C’est le désert le plus absolu que j’ai traversé depuis le début de cette aventure. Pareil, les stations-service, tu commences à transpirer malgré l’autonomie de la Multistrada. Sans compter que t’as l’impression que les pompistes viennent de se faire braquer à la Kalach hier soir. Vitres sans teint, hygiaphone, on paye avant de se servir et en liquide.

J’ai roulé, roulé, sans mollir. 1.000 km sans petit dej’, ni déjeuner, pas le temps. Pas l’envie non plus, surtout avec cette pluie encore et encore. Nouvel arrêt essence et là, je tombe sur quatre gusses en allemandes. Ils vont de Vladivostock à Lisbonne. Tu vois, y’a pas que moi qui voyage. Heureusement car à un moment, j’ai bien cru que le seul ami de la journée que j’aurais à te présenter en photo, ce serait ce clebs qui me suivait partout dans une station-service.

Ce soir, racontage d’histoires motardes autour d’un verre, demain sera un autre jour !

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| Ça sent le vécu, histoires vraies, Moscou / Vladivostock 12000 km en Ducati 1200 Multistrada Enduro | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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