Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 4/10

Etape Okhlon Island – Okhlon Island (100 km)

Aujourd’hui, comme prévu, j’ai rien fait et c’était bon. J’me suis levé à, quoi, 9h00 de toute façon, j’avais rien à faire. J’étais coincé volontairement sur l’île d’Okhlon en plein milieu du lac Baikal. Douche, petit dej’ et à 10 heures, j’ai commencé à tourner autour de la Ducati Multistrada qui, cela dit en passant, commence à avoir une vraie tronche de baroudeuse. De toute façon, y’avait quoi 45 bornes pour aller tout au nord de l’île. Alors, je l’ai enfourchée, histoire de ne rien faire mais bien.

J’ai roulé 20 bornes, plein nord. J’ai fait mugir le gros twin, réglé tout le bazar en mode enduro, et gaz. A quoi, 70 km/h, je volais au dessus des bosses, j’étais le roi du monde. Enfin de l’île, le monde est plus grand et faut que j’y retourne bientôt. J’suis arrivé à une barrière avec des gardes qui m’ont soulagé de 240 roubles (la nature est payante) et qui m’ont réclamé un petit cadeau de Paris. J’avais pas d’autocollants et avec tout le bordel que je trimbale, ils ont pas bien compris si j’étais de passage ou si j’allais m’installer pour trois mois au bout de l’île.

Et puis, au premier embranchement, j’ai eu un doute. Piste de droite ou piste de gauche. Bah, en même temps, c’est pareil, elles sont toutes les deux pourries. A gauche alors. Ho p….. !!! Des ornières, du sable, de la boue, le tout avec mes pneus de route. Première gaufre dans le sable, je reste le pied coincé sous la valise droite. J’ai envie de filmer tellement j’ai l’air con. Mais je peux pas. Je peux même pas descendre de la moto, sinon je me retourne le genou. Je respire un grand coup, je pose le casque, les gants et y’a pas un pélot qui vient avec ça. Et je sens que la pression sur mon pied devient juste insupportable.

Je sors ma machette et … non, tu n’y a quand même pas cru… j’ai pas de machette. Je sors mes doigts et je creuse le sable sous ma botte qui s’enfonce en même que la moto. Mais, aïïïeuuhhh. Je glisse le trépied photo sous la valise et je creuse à nouveau. La pression se libère sous mon pied! Yes, c’est bon. Arrive un 4×4 qui klaxonne à fond parce que je gène au milieu de la piste. Sont pas finis ces bouriates ou quoi. Je reprends mon chemin. Ornières, boue profonde, j’en reviens pas. Je suis sur une immense dune, si c’est ça jusqu’au bout, je vais en baver.

Je m’en suis remis une en voulant faire demi-tour pour faire un plan vidéo, la moto a versé dans un dévers négatif. J’ai tiré, poussé, la roue avant pour faire pivoter la moto sur sa valise latérale. Faut jamais paniquer. Dans toute situation, je me dis toujours « imagine, t’es tout seul, tu fais quoi pour t’en sortir. » ça tombe bien, c’est le cas, je suis tout seul. J’ai mis 2 heures pour faire ces foutues 25 km restant, mais de toute façon, c’est pas grave parce que j’avais rien à faire aujourd’hui.

Et puis, ça en valait la peine. C’était juste splendide. D’immenses falaises qui se jettent à pic dans le lac Baïkal, la plus grande réserve d’eau douce non gelée au Monde. 20% des réserves d’eau de la Terre, t’imagines la taille du bidon ? En voyant mes photos, certains me disent on a la même vue en France. Oui, peut-être mais moi, cette histoire ça m’impressionne. Et puis il y a les paysages, les gens. Ça oscille entre la Mongolie, les Alpes et la dune du Pyla. Le tout en 20 bornes c’est pas rien. C’était sublime.

J’ai fait du drone, des vidéos, des photos, j’suis allé fouiner tous les recoins de ce coin nord de l’île. Bon, faut dire aussi que j’appréhendais la galère du retour. Ça, même si j’avais rien à faire, je voulais pas le faire. Et puis va savoir pourquoi au retour, c’est passé nickel. Les juges ont bien remarqué un ou deux pieds à terre mais l’appréhension était levée. J’suis rentré à 19h00, y’avait plus personne dehors. Tout de monde était calfeutré dans sa yourte de Bouriate, bien au chaud.

J’ai eu l’impression d’être un gamin qui s’était planqué dans les bois histoire d’être le tout dernier à descendre les pistes de ski. Bah quoi, j’ai rien fait !

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Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 4/10

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Moscou / Vladivostock 12000 km en Ducati 1200 Multistrada Enduro | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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