Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 1/10

Jamais ligne droite ne m’aura autant envoûté, passionné, perturbé, questionné. La Transsibérienne mesure 11 .000 km, soit l’une des plus longues routes au monde avec la route transcanadienne. Habituellement, la droite me donne la nausée à moto, contrairement aux virages. Là, va savoir pourquoi 3.500 bornes que je roule sans prendre d’angle et que j’ai la banane.

Hé ho, je suis quand même en plein cœur de la Sibérie, j’ai laissé derrière moi la taïga pour attaquer la toundra (tu te souviens à l’école, t’arrivais jamais à retenir laquelle était laquelle). Le pneu arrière de la Multistrada Enduro est tellement carré que je n’ai plus besoin de sortir la béquiller à l’arrêt. Tiens je me demande combien fait la plus longue ligne droite de cette ligne droite. Bah oui, parce qu’ils ont quand même quelques virages de temps en temps. On se demande pourquoi car ce n’est pas le relief qui les a gênés pour tracer cette route.

D’ailleurs la transsibérienne n’est pas une route, c’est un métier pour les milliers de routiers qui la sillonnent, ou un sport pour les voitures qui entreprennent avec virilité chaque dépassement. Mais elle ne s’emprunte certainement pas comme ça, à la légère. Depuis que je suis parti, j’ai vu une bonne dizaine d’accidents dont un mortel. Pour cette raison, il m’est arrivé de la détester avec ses carrefours improbables et l’impression d’être coincé entre des rangées de pins entre Moscou et Perm. L’absence d’horizon et de vue te sape le moral autant que les nombreux tronçons en travaux.

Mais aussitôt, je retombe sous son improbable charme. Celui de ses Lada 2104 break, qui se traînent gaiement avec des familles au teint des années 80. La vie au bord de la Transsibérienne possède un charme suranné des années, ambiance « congés payés » sur la célèbre Nationale 7. On n’hésite pas à changer une roue de secours sur le bas de côté de la route, de préférence en s’exposant côté circulation. Là, une voiture qui vient de perdre une roue, ici une remorque renversée dans le bas côté. On ne voyage pas sur la transsibérienne, on s’aventure. Nombre de 38 tonnes à bout de souffle, ont le capot ouvert. On y vend des cèpes fraîchement cueillis, des prunes, des patates ou des peaux de moutons retournées. Le style de conduite russe est lui aussi très… années 80. Les énormes camions KamAZ juchés sur leurs immenses roues te font vite comprendre que l’hiver n’est pas tendre ici.

J’aime aussi les panneaux indicateurs de ville écrits en cyrillique. Depuis ce matin, le GPS s’entête à me dire qu’il ne peut pas me calculer l’itinéraire censé me mener à Novossibirsk (rien que le nom me fait voyager). J’ai remarqué comme point commun avec notre alphabet les lettres « o » et « k ». Voilà qui a suffi a me faire reconnaître Novossibirsk et à me guider toute la journée. La tentation de sortir de la Transsibérienne est grande mais les quelques villages qui la bordent sont rarement distants de plus d’une dizaine de kilomètres pour se terminer en cul de sacs. Nombre de routes se terminent en chemins aux ornières improbables et inenvisageables avec la Multistrada.

Ah j’oubliais aussi les flics en Lada. Pas facile d’imaginer une course poursuite avec un tel pur sang ! Depuis Perm, il y a un radar fixe tous les 10 kilomètres que nombre de berlines franchissent, pied dedans à 160/180. La vitesse serait limitée à 110 mais tout le monde roule sur cette nationale avec 20 bornes de plus facilement. Pour la part, ça dépend un peu de l’humeur. Lorsque t’as 1090 kilomètres à faire dans la journée (avec deux heures de décalage horaire défavorable) et que la Multistrada t’offre plus de 500 km d’autonomie, il est difficile de résister à la tentation de faire rugir le twin à chaque dépassement.

Allez demain, je vais quand même m’autoriser une petite infidélité à la transsibérienne. Départ de Novossibirsk, cap au sud vers les montagnes de l’Altaï aux frontières de la Mongolie. Mais ça, c’est une autre histoire de cette incroyable traversée que je vous réserve pour dans quelques jours !

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| Ça sent le vécu, histoires vraies, Moscou / Vladivostock 12000 km en Ducati 1200 Multistrada Enduro | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !

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