Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 10/10

Etape Khabarovsk/Vladivostock

Khabarovsk/Vladivostock, ultime étape de mon périple. Bah oui, à force de répondre aux gens qui me demandent « où vas-tu ? », et moi de répondre « à Vladivostock » fallait bien que ça arrive. De jour, Khabarovsk confirme, c’est vraiment très joli. Ce matin, je lui trouve carrément un côté San Francisco. Ça fait beaucoup, je te l’accorde mais j’ai ressenti tout ça alors je te le dis.

Des rues en pente, des espaces verts aménagés, manquait que quelques façades victoriennes pour s’y croire. Et puis, c’était dimanche. Ça sentait bon le marché, les gens qui prennent le temps de vivre, le repas dominical qui se prépare. Les russes ont trimé comme des dingues toute la semaine. Ils en ont ras le marteau et la faucille alors direction la datcha pour profiter des dernières températures douces.

Un peu d’insouciance ne fait pas de mal. Comme moi d’ailleurs. Aujourd’hui, je me fous de tout. Des bornes à faire, du temps qui passe, de la jauge à essence qui se vide. C’est la fin, celle qui te tiraille, te précipité dans des sentiments partagés. Je n’ai de cesse de zoomer sur la carte du GPS en me disant : « c’est énorme quand même: 12.000 bornes en 19 jours, un peu plus d’un quart du tour de la terre. Des paysages, des gens, des aventures. »

Je me suis arrêté une dernière fois pour discuter avec les petites mamies en bord de route. Pas besoin de parler russe pour comprendre qu’elles hallucinent que je vienne de si loin. Que quand elles t’offrent une gousse d’ail en te montrant son cœur, c’est pas pour te demander en mariage. C’est pour te dire que ça soigne tout, y compris la tachycardie et qu’il faut que t’emportes ça avec toi en France.

Je lui acheté de bonnes prunes. L’ail je l’ai gardé pour le faire une petite salade Tchernobyl quand je serai de retour à la maison. Je déconne hein, le nuage, de toute façon, on y a tous eu droit. J’ai repris la route non sans constater que tout avait changé. Pour moi, il y a trois Russie, enfin pour la partie que j’ai traversée (le terme visité serait prétentieux).

Celle de Moscou, intrépide, bruyante. Celle du centre, à l’ancienne, avec les Lada et les charmes du côté russe déglingué. Et enfin, la cote est. Bien plus proche du Japon (à peine 2000 km) que de Moscou. A ce sujet, je ne vois désormais plus que des caisses japonaises avec conduite à droite. Des « Nadia », « Chaser », « Top Box », des noms improbables. Déjà que c’est chaud pour doubler en Russie, mais là, c’est la roulette… russe.

Je te jure que quand tu suis une voiture conduite à droite, tu vois le conducteur faire office de co pilote. Il penche la tête pour voir bien au loin, donne l’info au conducteur qui effectue alors sa manœuvre. Note bien que ça a des avantages ET des inconvénients. Inconvénient : quand c’est ta femme qui te donne les infos, considère que tu auras le droit de doubler quand tu seras rentré à la maison. Avantage : si c’est ta belle-mère qui est passagère, ne tiens pas compte de ses infos. Double autant que tu peux, le pacemaker devrait bien finir par lâcher. Si c’est bébé dans un cosy dos à la route autant donner le volant à Gilbert Montagnier, c’est moins risqué.

Rigolo mais ça ne m’enlève pas ce truc qui me colle à l’âme depuis ce matin. Je suis à la fois content que ça se termine et j’ai ressenti la nostalgie. Ressentir est un mot faible. C’était du Spleen et j’en ai pris plein la tronche. Pourtant je te jure que sur un plan perso ça a pas été facile. Ma gonzesse mes gosses m’ont manqués. Faire la rentrée avec eux, couvrir les livres, tout mettre au propre, sentir la symbolique du moment, voir mes deux gamins faire leurs débuts sur moto de piste à Carole à l’école de Dany Dieudonné dimanche dernier. En plus, on sortait d’un mois en autarcie complète (cherche pas sur une carte) en Combi VW à faire nos manouches en Italie, Croatie et Monténégro.

Mais le spleen du retour m’a quand même envahi. Avec la Multistrada, j’ai baissé de rythme, j’ai viré les boules Quies, ouvert en grand mes yeux, écartés mes narines et …. j’avais l’air d’un con. Mais je m’en foutais je regardais je respirais et j’entendais tout ce que je pouvais. Plus ça aurait été du vol. Et avec mon bol je me serais fait gauler à la douane pour import de marchandise illicite : du bonheur. T’imagines. Aujourd’hui, ça devient tellement rare que, sur un coup comme ça, tu prends 20 ans de taule.

Moscou/Vladivostock : j’ai pas du tout le sentiment d’avoir été un héros mais assurément celui d’avoir vécu. Vivre c’est se réjouir, s’enthousiasmer, rencontrer échanger mais aussi douter, pester pour rendre les premiers moments encore plus forts et beaux. Je vais être franc avec toi. Au départ de Moscou, j’ai même douté. Je me suis dit « est-ce que tu pousses pas le bouchon un peu loin, Lolo ? Est-ce tu vois pas trop grand ? Tout seul avec tes caméras ? T’es sûr de ce que tu fais ? ».

Bah non. Mais à l’arrivée, tout va me manquer. Les gens, fabuleux. Les routes pourries mais uniques. Les trous dans le bitume. Les paysages alternant monotonie et magie. La sensation de ces immenses étendues à perte de vue. La conduite libre dans tous les sens (c’est pas bien mais j’en ai profité). Les lignes droites, les pistes. Tout va me manquer. Tiens même le convertisseur de réseau mobile va me manquer. 4g égale edge. 3G égale « appel des secours uniquement  » et crois-moi sur la route ici, la 3G, c’est utile.

Tu vois, je ne suis pas une agence de voyage, j’ai rien à te vendre mais moi, dans la Russie, je prends tout sans rien jeter ni renier. Toi aussi tu vas me manquer mais j’ai encore un paquet d’idées pour te faire rêver. En traînant la patte, je suis entré dans Vladivostock et là, c’était comme dans un rêve. L’émotion m’est montée à la gorge. Je suis arrivé sur un immense pont qui franchit la baie de Vladivostock, il y a avait une petite bruine et une brume qui s’accrochait au loin sur les reliefs.

J’ai cru que j’allais voir un sous-marin russe jaillir de l’eau. Je sais pas pourquoi, Vladivostock, j’imaginais ça exactement comme ça. Je suis arrivé à l’hôtel, j’ai dessanglé la Multistrada et je lui ai fait un bisou. Je suis pas Rossi, j’ai rien gagné. Mais avec la Multi, on s’est fait confiance. Elle m’a dit qu’elle s’appelait « Enduro », j’ai bien voulu la croire et elle m’a pas déçu. Pour ce genre de périple, elle m’a apporté confort, facilité et fun au quotidien. Moi, j’avoue, j’ai un peu abusé de sa confiance. Y’a un truc que je n’ai dit à personne jusque-là, et surtout pas à Ducati. Ça fait plus de 8.000 kilomètres que le voyant « faire la vidange » s’est allumé au tableau de bord.

Là, je me suis dit trois choses. Un, j’ai pas le temps. Deux, si ça se trouve, on va me mettre une huile moins bonne dans le moteur. Trois, de toute façon, même si je fais la vidange, le mec aura pas la valise diagnostic pour éteindre le voyant au tableau de bord. Donc, je roule avec mon huile et ça ira bien. En 12.000 kilomètres (elle en a 21.700 au total), la Multistrada m’a réclamé 200 ml d’huile et puis plus rien. Une tension de chaîne, un pneu arrière. J’ai adoré son châssis, son moteur, son confort, son efficacité. Elle est devenue ma meilleure alliée pendant ce périple qui est capable de te démonter, sans outils, une moto chinoise en 1.000 km de transsibérienne défoncée.

C’était magique. Alors merci à la Multi Enduro. Merci à Ducati de m’avoir fait confiance, merci à ma compagne Marie et à nos deux enfants Sam et Jo qui m’ont terriblement manqués.

Road trip ► Moscou Vladivostock 12.000 km en Ducati Multistrada 10/10

| Ça sent le vécu, histoires vraies, Moscou / Vladivostock 12000 km en Ducati 1200 Multistrada Enduro | 0 Commentaire
Lolo
A propos de l'auteur
- Tout ce qui est déglingo, débile, pas tout-à-fait net et qui a deux roues, c'est moi qui l'essaie ! Après quelques années passées à Moto Journal, j'ai décidé de vous raconter l'histoire de la moto en vidéo sous mes propres couleurs !